Accueil

Les radiophysiciens médicaux ont le blues

A la une en cancérologie

 

S’ils se fĂ©licitent du doublement annoncĂ© des effectifs, les radiophysiciens mĂ©dicaux s’inquiĂštent de la non-reconnaissance universitaire de la discipline et de son manque d’attractivitĂ©, liĂ© notamment Ă  l’absence de perspective d’évolution de carriĂšre.

 

 

Pour planter le dĂ©cor, Thierry Sarrazin, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© française de physique mĂ©dicale et chef du service de physique du centre Oscar Lambret Ă  Lille, cite quelques chiffres europĂ©ens datant de 2007. « Dans le peloton de tĂȘte, c'est-Ă -dire les pays comptant plus de 20 physiciens mĂ©dicaux par million d’habitants, on trouve la NorvĂšge, la SuĂšde, le Danemark, la Grande-Bretagne et la Suisse. Ensuite, dans les pays ayant entre 15 et 20 physiciens par million d’habitants, on trouve les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande puis, entre 10 et 15, la GrĂšce, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne. Dans le groupe 5-10, on peut citer la Belgique, la Hongrie et la Bulgarie. Et en tout dernier, parmi les pays ayant entre 1 et 5 physiciens par million d’habitants, il y a la France, le Portugal, la Turquie et l’Albanie », dĂ©taille Thierry Sarrazin, en reconnaissant que depuis 2007, la situation s’est un peu amĂ©liorĂ©e. « De 30 physiciens formĂ©s en 2005, on est passĂ© Ă  40 en 2007, 50 en 2008 et 80 en 2009. C’est une progression intĂ©ressante mais la situation reste malgrĂ© tout fort prĂ©occupante ». « L’accueil des physiciens supplĂ©mentaires formĂ©s a nĂ©cessitĂ© l’agrĂ©ment de nouveaux centre validant en 2009, seuls centres habilitĂ©s Ă  dĂ©livrer la formation d’un an nĂ©cessaire pour devenir physicien mĂ©dical. Ces centres doivent possĂ©der des moyens humains et matĂ©riels pour donner la meilleure formation aux Ă©tudiants qu’ils accueillent. Je m’interroge si c’est bien toujours le cas pour les nouveaux centres » prĂ©cise Jean-François Moreira, physicien mĂ©dical au centre Jean-Perrin de Clermont-Ferrand.

L’électrochoc de 2007

La radiophysique mĂ©dicale est-elle le parent pauvre de la cancĂ©rologie française ? En tout cas, pendant longtemps, les responsables de la discipline ont alertĂ© sur les difficultĂ©s auxquelles ils se trouvaient confrontĂ©s. Sans jamais vraiment ĂȘtre entendus. En fait, il a fallu attendre 2007 et les sĂ©rieux incidents d’Épinal et, Ă  un degrĂ© moindre, de Tou⁠louse, pour que se produise une sorte d’électrochoc conduisant Ă  une mobilisation des autoritĂ©s sanitaires. En juin 2007, Roselyne Bachelot annonçait ainsi sa volontĂ© de « doubler en cinq ans » le nombre de radiophysiciens pour les faire passer de 300 Ă  600. Dans la foulĂ©e, la ministre de la santĂ© lançait en novembre 2007 plus d’une trentaine de mesures nationales visant Ă  garantir plus de sĂ©curitĂ© et de qualitĂ© en radiothĂ©rapie dans le cadre d’une feuille de route dĂ©limitĂ©e dans le temps (novembre 2007/mai 2009). Ces mesures se sont notamment traduites par la mise en place, par l’AutoritĂ© de sĂ»retĂ© nuclĂ©aire (ASN), d’un rĂ©fĂ©rentiel d’assurance-qualitĂ© en radiothĂ©rapie de type ISO 9000, ainsi que par la publication de critĂšres d’agrĂ©ment de l’Institut national du cancer (INCa) qui seront applicables en 2011. Cette feuille de route prenait aussi en compte le problĂšme des ressources humaines et de la formation. « Si le nombre de radiophysiciens a augmentĂ© de 35 % de 2005 Ă  2008, le besoin reste important. Il est estimĂ© qu’un effectif cible d’environ 600 ⁠rad⁠io-physiciens serait nĂ©cessaire pour assurer un fonctionnement optimal des centres de radiothĂ©rapie », soulignait, en mai 2009 dans un rapport d’étape, le ComitĂ© national de suivi de la radiothĂ©rapie.De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, ce rapport constatait qu’en dĂ©pit des premiĂšres mesures lancĂ©es en 2007, des « fragilitĂ©s importantes » persistaient. « Elles concernent pour beaucoup l’évolution des mĂ©tiers et les ressources humaines de la radiothĂ©rapie, en particulier la radiophysique mĂ©dicale », indiquait le rapport, en soulignant que ces difficultĂ©s avaient Ă©tĂ©, en avril 2008, sĂ©vĂšrement illustrĂ©es par le premier bilan d’inspections rĂ©alisĂ©es par l’ASN. Au total, 27 centres avaient Ă©tĂ© alors considĂ©rĂ©s en situation suffisamment difficile pour ĂȘtre susceptibles d’ĂȘtre fermĂ©s. AprĂšs la mise en place de mesures correctrices, via une cellule d’appui coordonnĂ©e par l’INCa, un premier bilan a Ă©tĂ© fait en juin 2008. Sur les 27 centres, 9 prĂ©sentaient encore des difficultĂ©s : 8 d’entre eux avaient conclu des conventions de partenariats avec d’autres Ă©tablissements et pu ainsi assurer la continuitĂ© de la prise en charge des patients et 1 centre avait fait l’objet d’une fermeture Ă  titre provisoire. « Le bilan de cette crise a clairement montrĂ© que les ressources humaines en radiophysique mĂ©dicale restaient un point clĂ©, responsable de la fragilisation de certains centres, en raison de la situation trĂšs dĂ©sĂ©quilibrĂ©e entre la nĂ©cessitĂ© d’une prĂ©sence permanente pour les traitements et l’effectif actuel de cette profession », soulignait le rapport d’étape du ComitĂ© national de suivi, en insistant sur la nĂ©cessitĂ© de mettre en place des mesures juridiques transitoires. En mai 2009, la situation Ă©tait la suivante : 33 centres (environ 20 %) ne disposaient dans leur effectif que d’un Ă©quivalent temps plein (ETP), parfois moins, de radiophysicien. « Ces centres sont donc, en cas d’absence ou de dĂ©part du radiophysicien, potentiellement exposĂ©s Ă  une fermeture provisoire », notait le ComitĂ© de suivi, en prĂ©conisant la mise en place d’un encadrement juridique leur donnant la possibilitĂ© de fonctionner, pendant la pĂ©riode transitoire 2009-2011, avec une Ă©quipe de radiophysique mĂ©dicale (2 ETP ayant des compĂ©tences en dosimĂ©trie, dont 1 ETP de radiophysique mĂ©dicale), sous rĂ©serve d’une organisation formalisĂ©e avec un autre centre permettant d’assurer la supplĂ©ance (moins de 48 heures) ou le remplacement (plus de 48 heures) sur place en cas d’absence du radiophysicien. « La mise en place de ce dispositif intermĂ©diaire est donc importante : elle Ă©largit l’effectif cible minimal par centre Ă  celui, non pas d’un seul radiophysicien, mais Ă  celui d’une Ă©quipe de radiophysique mĂ©dicale, composĂ©e de deux professionnels ayant des compĂ©tences en dosimĂ©trie, dont un issu de filiĂšres de recrutement plus pourvues que la radiophysique mĂ©dicale. Cette mesure devrait aider Ă  gĂ©rer la situation jusqu’à la date de mise en conformitĂ© des centres, au plus tard en 2011 », soulignait le rapport d’étape. En dĂ©pit de ces mesures transitoires, la situation reste aujourd’hui tendue. Actuellement, deux centres sont toujours fermĂ©s par l’ASN : celui de Croix dans le Nord et celui du centre hospitalier de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (Yve⁠lines). « En 2009, quatre autres centres ont Ă©tĂ© fermĂ©s Ă  titre transitoire : Blois, Gap, Roanne et Nevers. Ces fermetures ne sont jamais faciles Ă  prononcer mais notre rĂŽle est d’appliquer la rĂ©glementation », indique Michel Bourguignon, commissaire de l’ASN. « Nous sommes bien conscients que ces fermetures sont souvent trĂšs contraignantes pour les patients qui, en gĂ©nĂ©ral, doivent faire des trajets importants pour ĂȘtre traitĂ©s dans un autre centre. À chaque fois, nous veillons Ă  ce que les fermetures se fassent en douceur, en commençant d’abord par ne plus faire entrer de nouveaux patients dans le centre concernĂ© », indique Michel Bourguignon, en reconnaissant que certains sites restent d’une grande fragilitĂ©. « En fait, un centre peut trĂšs bien fonctionner et puis, du jour au lendemain, se retrouver en difficultĂ© parce qu’on sera venu lui dĂ©baucher, parfois Ă  prix d’or, un de ses physiciens », ajoute-t-il.

Recrutement et investissement

De leur cĂŽtĂ©, les chefs de file de la radiophysique mĂ©dicale se rĂ©jouissent bien sĂ»r de cette mobilisation qu’ils appelaient de leurs vƓux depuis des annĂ©es. Mais ils estiment que l’augmentation forte du nombre de personnes formĂ©es ne doit pas faire oublier les problĂšmes de fond : principalement la grande frilositĂ© des centres Ă  recruter et Ă  investir dans les Ă©quipements, ainsi que le manque d’attractivitĂ© de la filiĂšre. « Au cours de ces derniĂšres annĂ©es, nous avons toujours essayĂ© d’adapter le nombre de personnes formĂ©es Ă  la demande. Le problĂšme est que la moitiĂ© des personnes formĂ©es travaille aujourd’hui dans d’autres domaines que la radiophysique mĂ©dicale. Il faudrait quand mĂȘme qu’on se pose la question de savoir pourquoi ils sont partis », souligne Alain NoĂ«l, responsable de l’unitĂ© de physique mĂ©dicale du centre Alexis Vautrin de Nancy et ancien prĂ©sident de la SFPM. « Depuis plus de 30 ans, nous sommes confrontĂ©s Ă  un problĂšme d’embauche des centres. Durant toutes ces annĂ©es, pour faire face Ă  l’arrivĂ©e de nouveaux appareils, nous n’avons pas cessĂ© d’augmenter le nombre de personnes formĂ©es puis, un ou deux ans aprĂšs, de baisser les effectifs car les centres n’embauchaient pas », constate Thierry Sarrazin en ajoutant que la situation reste problĂ©matique aujourd’hui. « Sans donner de noms, je connais des sites qui, pendant des annĂ©es, n’ont jamais passĂ© une annonce de recrutement alors qu’ils avaient un physicien pour 1 400 malades. D’autres ont des accĂ©lĂ©rateurs qui ont 20 ans d’ñge ou le mĂȘme systĂšme de dosimĂ©trie depuis 15 ans. Comment voulez-vous que des physiciens aient aujourd’hui envie d’aller travailler dans ces centres ? », indique le prĂ©sident de la SFPM.

Le manque d’attractivitĂ© de la filiĂšre

L’autre problĂšme majeur concerne le manque d’attractivitĂ© de la filiĂšre. « Notre mĂ©tier est encore largement dans l’ombre », estime Jean-François Moreira. « Alors que mon rĂŽle se rapproche plutĂŽt de celui d’un pharmacien et que j’engage ma responsabilitĂ© sur les doses dĂ©livrĂ©es aux patients, j’ai le mĂȘme statut qu’un cadre administratif gĂ©rant du personnel », ajoute-t-il. « Un problĂšme majeur est celui du manque de perspective de carriĂšre et d’évolution dans le mĂ©tier. Au bout de 10 ou 15 ans, bon nombre de gens se retrouvent dans une vĂ©ritable impasse », indique Alain NoĂ«l, en dĂ©plorant aussi la non-reconnaissance de la profession au niveau de l’enseignement et de la recherche. « La France est l’un des rares pays oĂč il n’y a pas de professeurs de physique mĂ©dicale. Il faut quand mĂȘme savoir que, jusqu’à l’an passĂ©, la formation Ă©tait assurĂ©e par des physiciens sur la base du bĂ©nĂ©volat », explique Thierry Sarrazin. « L’augmentation du nombre de personnes formĂ©es est une mesure qui va dans le bon sens. Mais cela ne suffira pas. Il est essentiel de crĂ©er une filiĂšre universitaire de radiophysique mĂ©dicale », confirme Michel Bourguignon. Un message qui fait doucement son chemin. Dans son rapport de mai 2009, le ComitĂ© national de suivi indiquait qu’il fallait permettre aux enseignants physiciens du diplĂŽme de qualification en physique radiologique et mĂ©dicale (DQPRM) d’obtenir des compensations financiĂšres pour leur activitĂ© pĂ©dagogique : « le volume est estimĂ© Ă  300 heures de cours pour un financement de 15 000 euros par an », prĂ©cisait le ComitĂ©, en envisageant aussi « Ă  moyen terme » une reconnaissance universitaire au niveau de maĂźtre de confĂ©rence ou de professeur associĂ©. « Le besoin est Ă©valuĂ© par la profession Ă  8 Ă  14 postes », indiquait le ComitĂ©, en soulignant, autre point sensible, la nĂ©cessitĂ© de garantir l’accĂšs des jeunes en formation Ă  des terrains de stage dans les CHU, les CLCC voire d’autres Ă©tablissements agréés.\\

 

MAI/JUIN 2010
DOSSIER RÉALISÉ PAR ANTOINE DALAT

Connexion utilisateur

Profession cancérologue

21 rue Camille Desmoulins, 92789 Issy-les-Moulineaux Cedex 9.
Tél. : 01 73 28 15 13
Directrice de la rédaction : Dr Dominique Saulay (15-07).
Secrétaire de rédaction : Béatrice Dumont (15-32).
Rédaction :
Dr Catherine Bouix, Dr Jesus Cardenas, François Fonvielle.
Assistante de la rédaction : Christine Mebbani (15-13).
Rédacteur graphistes : Florence Gravis, Louise Akkouche.
Iconographe : Fabienne Lallé.
Directrice commerciale : Frédérique Ronteix (14-04).
Directrice de clientĂšle: Muriel Fixot (15-36).
Assistante commerciale
:NaĂŻma NaĂŻmi (15-12).
Petites annonces : 01 73 28 13 11.

 

COMITÉ DE RÉDACTION
Directeur : Pr Michel Marty, Paris.
Membres du comité : Pr Roland Bugat, Boulogne-Billancourt. Dr Laurent Cals,
Toulon. Pr Serge Evrard, Bordeaux. Pr Véronique Leblond, Paris. Pr Gilles Salles, Pierre-Bénite. Pr DaniÚle Sommelet, Nancy.Pr Pierre Verrelle, Clermont-Ferrand.


Président CMPMedica France et Benelux/Directeur de la publication : Dr Gérard Kouchner.
Directeur Pîle Presse et Édition CMPMedica France : Dr Philippe Leduc.
Directeur médical CMPMedica France : Dr Alain Marié.
Directrice marketing CMPMedica France : Sophie Thénot.

L'édito

Pr Michel Marty

 

L’annĂ©e 2010 est une annĂ©e de progrĂšs rĂ©guliers, certains dĂ©cisifs pour les patients, sans rĂ©elle rupture de rythme, se concrĂ©tisant par la confirmation de la baisse de la mortalitĂ© par cancer.

Accélé...

Annonces classées

Publicité

Abonnement