LâannĂ©e 2010 est une annĂ©e de progrĂšs rĂ©guliers, certains dĂ©cisifs pour les patients, sans rĂ©elle rupture de rythme, se concrĂ©tisant par la confirmation de la baisse de la mortalitĂ© par cancer.
Accélé...
Sâils se fĂ©licitent du doublement annoncĂ© des effectifs, les radiophysiciens mĂ©dicaux sâinquiĂštent de la non-reconnaissance universitaire de la discipline et de son manque dâattractivitĂ©, liĂ© notamment Ă lâabsence de perspective dâĂ©volution de carriĂšre.
Pour planter le dĂ©cor, Thierry Sarrazin, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© française de physique mĂ©dicale et chef du service de physique du centre Oscar Lambret Ă Lille, cite quelques chiffres europĂ©ens datant de 2007. « Dans le peloton de tĂȘte, c'est-Ă -dire les pays comptant plus de 20 physiciens mĂ©dicaux par million dâhabitants, on trouve la NorvĂšge, la SuĂšde, le Danemark, la Grande-Bretagne et la Suisse. Ensuite, dans les pays ayant entre 15 et 20 physiciens par million dâhabitants, on trouve les Pays-Bas, lâAutriche et la Finlande puis, entre 10 et 15, la GrĂšce, lâItalie, lâEspagne et lâAllemagne. Dans le groupe 5-10, on peut citer la Belgique, la Hongrie et la Bulgarie. Et en tout dernier, parmi les pays ayant entre 1 et 5 physiciens par million dâhabitants, il y a la France, le Portugal, la Turquie et lâAlbanie », dĂ©taille Thierry Sarrazin, en reconnaissant que depuis 2007, la situation sâest un peu amĂ©liorĂ©e. « De 30 physiciens formĂ©s en 2005, on est passĂ© Ă 40 en 2007, 50 en 2008 et 80 en 2009. Câest une progression intĂ©ressante mais la situation reste malgrĂ© tout fort prĂ©occupante ». « Lâaccueil des physiciens supplĂ©mentaires formĂ©s a nĂ©cessitĂ© lâagrĂ©ment de nouveaux centre validant en 2009, seuls centres habilitĂ©s Ă dĂ©livrer la formation dâun an nĂ©cessaire pour devenir physicien mĂ©dical. Ces centres doivent possĂ©der des moyens humains et matĂ©riels pour donner la meilleure formation aux Ă©tudiants quâils accueillent. Je mâinterroge si câest bien toujours le cas pour les nouveaux centres » prĂ©cise Jean-François Moreira, physicien mĂ©dical au centre Jean-Perrin de Clermont-Ferrand.
LâĂ©lectrochoc de 2007
La radiophysique mĂ©dicale est-elle le parent pauvre de la cancĂ©rologie française ? En tout cas, pendant longtemps, les responsables de la discipline ont alertĂ© sur les difficultĂ©s auxquelles ils se trouvaient confrontĂ©s. Sans jamais vraiment ĂȘtre entendus. En fait, il a fallu attendre 2007 et les sĂ©rieux incidents dâĂpinal et, Ă un degrĂ© moindre, de Touâ louse, pour que se produise une sorte dâĂ©lectrochoc conduisant Ă une mobilisation des autoritĂ©s sanitaires. En juin 2007, Roselyne Bachelot annonçait ainsi sa volontĂ© de « doubler en cinq ans » le nombre de radiophysiciens pour les faire passer de 300 Ă 600. Dans la foulĂ©e, la ministre de la santĂ© lançait en novembre 2007 plus dâune trentaine de mesures nationales visant Ă garantir plus de sĂ©curitĂ© et de qualitĂ© en radiothĂ©rapie dans le cadre dâune feuille de route dĂ©limitĂ©e dans le temps (novembre 2007/mai 2009). Ces mesures se sont notamment traduites par la mise en place, par lâAutoritĂ© de sĂ»retĂ© nuclĂ©aire (ASN), dâun rĂ©fĂ©rentiel dâassurance-qualitĂ© en radiothĂ©rapie de type ISO 9000, ainsi que par la publication de critĂšres dâagrĂ©ment de lâInstitut national du cancer (INCa) qui seront applicables en 2011. Cette feuille de route prenait aussi en compte le problĂšme des ressources humaines et de la formation. « Si le nombre de radiophysiciens a augmentĂ© de 35 % de 2005 Ă 2008, le besoin reste important. Il est estimĂ© quâun effectif cible dâenviron 600 â radâ io-physiciens serait nĂ©cessaire pour assurer un fonctionnement optimal des centres de radiothĂ©rapie », soulignait, en mai 2009 dans un rapport dâĂ©tape, le ComitĂ© national de suivi de la radiothĂ©rapie.De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, ce rapport constatait quâen dĂ©pit des premiĂšres mesures lancĂ©es en 2007, des « fragilitĂ©s importantes » persistaient. « Elles concernent pour beaucoup lâĂ©volution des mĂ©tiers et les ressources humaines de la radiothĂ©rapie, en particulier la radiophysique mĂ©dicale », indiquait le rapport, en soulignant que ces difficultĂ©s avaient Ă©tĂ©, en avril 2008, sĂ©vĂšrement illustrĂ©es par le premier bilan dâinspections rĂ©alisĂ©es par lâASN. Au total, 27 centres avaient Ă©tĂ© alors considĂ©rĂ©s en situation suffisamment difficile pour ĂȘtre susceptibles dâĂȘtre fermĂ©s. AprĂšs la mise en place de mesures correctrices, via une cellule dâappui coordonnĂ©e par lâINCa, un premier bilan a Ă©tĂ© fait en juin 2008. Sur les 27 centres, 9 prĂ©sentaient encore des difficultĂ©s : 8 dâentre eux avaient conclu des conventions de partenariats avec dâautres Ă©tablissements et pu ainsi assurer la continuitĂ© de la prise en charge des patients et 1 centre avait fait lâobjet dâune fermeture Ă titre provisoire. « Le bilan de cette crise a clairement montrĂ© que les ressources humaines en radiophysique mĂ©dicale restaient un point clĂ©, responsable de la fragilisation de certains centres, en raison de la situation trĂšs dĂ©sĂ©quilibrĂ©e entre la nĂ©cessitĂ© dâune prĂ©sence permanente pour les traitements et lâeffectif actuel de cette profession », soulignait le rapport dâĂ©tape du ComitĂ© national de suivi, en insistant sur la nĂ©cessitĂ© de mettre en place des mesures juridiques transitoires. En mai 2009, la situation Ă©tait la suivante : 33 centres (environ 20 %) ne disposaient dans leur effectif que dâun Ă©quivalent temps plein (ETP), parfois moins, de radiophysicien. « Ces centres sont donc, en cas dâabsence ou de dĂ©part du radiophysicien, potentiellement exposĂ©s Ă une fermeture provisoire », notait le ComitĂ© de suivi, en prĂ©conisant la mise en place dâun encadrement juridique leur donnant la possibilitĂ© de fonctionner, pendant la pĂ©riode transitoire 2009-2011, avec une Ă©quipe de radiophysique mĂ©dicale (2 ETP ayant des compĂ©tences en dosimĂ©trie, dont 1 ETP de radiophysique mĂ©dicale), sous rĂ©serve dâune organisation formalisĂ©e avec un autre centre permettant dâassurer la supplĂ©ance (moins de 48 heures) ou le remplacement (plus de 48 heures) sur place en cas dâabsence du radiophysicien. « La mise en place de ce dispositif intermĂ©diaire est donc importante : elle Ă©largit lâeffectif cible minimal par centre Ă celui, non pas dâun seul radiophysicien, mais Ă celui dâune Ă©quipe de radiophysique mĂ©dicale, composĂ©e de deux professionnels ayant des compĂ©tences en dosimĂ©trie, dont un issu de filiĂšres de recrutement plus pourvues que la radiophysique mĂ©dicale. Cette mesure devrait aider Ă gĂ©rer la situation jusquâĂ la date de mise en conformitĂ© des centres, au plus tard en 2011 », soulignait le rapport dâĂ©tape. En dĂ©pit de ces mesures transitoires, la situation reste aujourdâhui tendue. Actuellement, deux centres sont toujours fermĂ©s par lâASN : celui de Croix dans le Nord et celui du centre hospitalier de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (Yveâ lines). « En 2009, quatre autres centres ont Ă©tĂ© fermĂ©s Ă titre transitoire : Blois, Gap, Roanne et Nevers. Ces fermetures ne sont jamais faciles Ă prononcer mais notre rĂŽle est dâappliquer la rĂ©glementation », indique Michel Bourguignon, commissaire de lâASN. « Nous sommes bien conscients que ces fermetures sont souvent trĂšs contraignantes pour les patients qui, en gĂ©nĂ©ral, doivent faire des trajets importants pour ĂȘtre traitĂ©s dans un autre centre. Ă chaque fois, nous veillons Ă ce que les fermetures se fassent en douceur, en commençant dâabord par ne plus faire entrer de nouveaux patients dans le centre concernĂ© », indique Michel Bourguignon, en reconnaissant que certains sites restent dâune grande fragilitĂ©. « En fait, un centre peut trĂšs bien fonctionner et puis, du jour au lendemain, se retrouver en difficultĂ© parce quâon sera venu lui dĂ©baucher, parfois Ă prix dâor, un de ses physiciens », ajoute-t-il.
Recrutement et investissement
De leur cĂŽtĂ©, les chefs de file de la radiophysique mĂ©dicale se rĂ©jouissent bien sĂ»r de cette mobilisation quâils appelaient de leurs vĆux depuis des annĂ©es. Mais ils estiment que lâaugmentation forte du nombre de personnes formĂ©es ne doit pas faire oublier les problĂšmes de fond : principalement la grande frilositĂ© des centres Ă recruter et Ă investir dans les Ă©quipements, ainsi que le manque dâattractivitĂ© de la filiĂšre. « Au cours de ces derniĂšres annĂ©es, nous avons toujours essayĂ© dâadapter le nombre de personnes formĂ©es Ă la demande. Le problĂšme est que la moitiĂ© des personnes formĂ©es travaille aujourdâhui dans dâautres domaines que la radiophysique mĂ©dicale. Il faudrait quand mĂȘme quâon se pose la question de savoir pourquoi ils sont partis », souligne Alain NoĂ«l, responsable de lâunitĂ© de physique mĂ©dicale du centre Alexis Vautrin de Nancy et ancien prĂ©sident de la SFPM. « Depuis plus de 30 ans, nous sommes confrontĂ©s Ă un problĂšme dâembauche des centres. Durant toutes ces annĂ©es, pour faire face Ă lâarrivĂ©e de nouveaux appareils, nous nâavons pas cessĂ© dâaugmenter le nombre de personnes formĂ©es puis, un ou deux ans aprĂšs, de baisser les effectifs car les centres nâembauchaient pas », constate Thierry Sarrazin en ajoutant que la situation reste problĂ©matique aujourdâhui. « Sans donner de noms, je connais des sites qui, pendant des annĂ©es, nâont jamais passĂ© une annonce de recrutement alors quâils avaient un physicien pour 1 400 malades. Dâautres ont des accĂ©lĂ©rateurs qui ont 20 ans dâĂąge ou le mĂȘme systĂšme de dosimĂ©trie depuis 15 ans. Comment voulez-vous que des physiciens aient aujourdâhui envie dâaller travailler dans ces centres ? », indique le prĂ©sident de la SFPM.
Le manque dâattractivitĂ© de la filiĂšre
Lâautre problĂšme majeur concerne le manque dâattractivitĂ© de la filiĂšre. « Notre mĂ©tier est encore largement dans lâombre », estime Jean-François Moreira. « Alors que mon rĂŽle se rapproche plutĂŽt de celui dâun pharmacien et que jâengage ma responsabilitĂ© sur les doses dĂ©livrĂ©es aux patients, jâai le mĂȘme statut quâun cadre administratif gĂ©rant du personnel », ajoute-t-il. « Un problĂšme majeur est celui du manque de perspective de carriĂšre et dâĂ©volution dans le mĂ©tier. Au bout de 10 ou 15 ans, bon nombre de gens se retrouvent dans une vĂ©ritable impasse », indique Alain NoĂ«l, en dĂ©plorant aussi la non-reconnaissance de la profession au niveau de lâenseignement et de la recherche. « La France est lâun des rares pays oĂč il nây a pas de professeurs de physique mĂ©dicale. Il faut quand mĂȘme savoir que, jusquâĂ lâan passĂ©, la formation Ă©tait assurĂ©e par des physiciens sur la base du bĂ©nĂ©volat », explique Thierry Sarrazin. « Lâaugmentation du nombre de personnes formĂ©es est une mesure qui va dans le bon sens. Mais cela ne suffira pas. Il est essentiel de crĂ©er une filiĂšre universitaire de radiophysique mĂ©dicale », confirme Michel Bourguignon. Un message qui fait doucement son chemin. Dans son rapport de mai 2009, le ComitĂ© national de suivi indiquait quâil fallait permettre aux enseignants physiciens du diplĂŽme de qualification en physique radiologique et mĂ©dicale (DQPRM) dâobtenir des compensations financiĂšres pour leur activitĂ© pĂ©dagogique : « le volume est estimĂ© Ă 300 heures de cours pour un financement de 15 000 euros par an », prĂ©cisait le ComitĂ©, en envisageant aussi « Ă moyen terme » une reconnaissance universitaire au niveau de maĂźtre de confĂ©rence ou de professeur associĂ©. « Le besoin est Ă©valuĂ© par la profession Ă 8 Ă 14 postes », indiquait le ComitĂ©, en soulignant, autre point sensible, la nĂ©cessitĂ© de garantir lâaccĂšs des jeunes en formation Ă des terrains de stage dans les CHU, les CLCC voire dâautres Ă©tablissements agréés.\\
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LâannĂ©e 2010 est une annĂ©e de progrĂšs rĂ©guliers, certains dĂ©cisifs pour les patients, sans rĂ©elle rupture de rythme, se concrĂ©tisant par la confirmation de la baisse de la mortalitĂ© par cancer.
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