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Les temps forts de l’actualité en 2010

A la une en cancérologie

L’année 2010 aura d’abord été marquée par une annonce, largement médiatisée, de l’accélération de la baisse de mortalité par cancer. Avec un bémol préoccupant : la progression des cancers bronchiques féminins. Cette année aura aussi été celle du développement des tests de génétique moléculaires dans les 28 plateformes installées par l’INCa. Enfin 2010 aura vu deux acteurs importants de la cancérologie, la Ligue et la FNCLCC élire un nouveau président.

L’accélération de la baisse de la mortalité par cancer

L’information, annoncée début novembre, a été largement relayée par les médias grand public. « La baisse de la mortalité par cancer s’accélère en France », soulignait un rapport de l’Institut national du cancer (INCa), réalisé en lien avec l’InVS, l’Inserm et le réseau français des registres de cancer Francim. L’objectif du rapport était de présenter une analyse dynamique de la mortalité par cancer en France au cours des 20 dernières années. Selon ce document, en moyenne, 147 851 décès par cancer (88 188 chez l’homme et 59 663 chez la femme) ont été enregistrés chaque année en France au cours de la période 2003-2007. Le cancer représente la première cause de décès chez l’homme (32,9 % des décès masculins) et la deuxième chez la femme (23,4 %). Autre constat : environ 71 % des décès par cancer, enregistrés sur 2003-2007, surviennent chez des personnes âgées de 65 ans et plus. Chez les moins de 65 ans, les cancers responsables du plus grand nombre de décès sont les cancers du poumon chez l’homme (31,9 % des décès prématurés masculins) et les cancers du sein et du poumon chez la femme (26,8 % et 15,4 % des décès prématurés féminins).

Le taux de mortalité par cancer, tous âges et toutes localisations confondus, a diminué si l’on compare les périodes 1983-1987 et 2003-2007. « Le taux masculin a ainsi baissé de 22 % passant de 208,7 à 162,6 décès pour 100 000 hommes avec une accélération de la baisse sur les dix dernières années. Le taux féminin a diminué de manière moins importante (-14 %) passant de 92,8 à 79,9 décès pour 100 000 femmes », souligne l’INCa.

Chez l’homme, la baisse du taux de mortalité est en grande partie attribuée à la baisse importante de la mortalité de certains cancers liés au tabac et à l’alcool, baisse induite par la diminution de l’incidence en lien avec le recul de la consommation alcoolo-tabagique. Chez la femme, la décroissance du taux de mortalité, moins favorable que chez l’homme, est ralentie par la forte hausse du taux féminin de mortalité par cancer du poumon au cours des 20 dernières années, augmentation en lien avec celle de la consommation tabagique observée depuis plus de 40 ans.

« Un premier enseignement est le fait que la mortalité par cancer concerne de plus en plus des personnes âgées, voire très âgées puisque 50 % des décès surviennent après 75 ans et 20 % après 85 ans. On est train de reculer l’âge de la mort par cancer, ce qui est quand même un progrès », souligne le Pr Dominique Maraninchi, président de l’INCa. « L’autre constat est qu’au-delà de l’importance de la prévention, ce rapport montre qu’il ne faut pas sous-estimer les progrès liés au diagnostic précoce et aux traitements. La mortalité par cancer reste un enjeu médical. Et une médecine bien organisée avec de bons standards, délivrée à un grand nombre de patients, cela contribue aussi à faire baisser la mortalité. C’est un message important à délivrer aux professionnels du soin », ajoute le Pr Maraninchi.

« Ce rapport montre qu’une vraie politique de santé publique permet d’avoir un impact significatif sur la mortalité. L’enjeu est bien sûr de poursuivre le mouvement, en particulier sur les cancers du poumon chez les femmes. Et on ne peut que déplorer le mauvais signal envoyé récemment par la hausse à minima des prix du tabac », souligne pour sa part le Pr Gilbert Lenoir, le président de la Ligue contre le cancer. « La mortalité liée aux cancers bronchiques féminins est préoccupante. Et l’intérêt de ce type de rapport est d’envoyer un message aux médecins mais aussi à la population, pour essayer de modifier les comportements de prévention. L’autre signe d’alerte est le fait que cette baisse globale de la mortalité ne s’opère pas partout de la même manière », indique le Pr Josy Reiffers, président de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC).

La Ligue investit le champ de la démocratie sanitaire

En juin la Ligue contre le Cancer a élu à sa présidence le Pr Gilbert Lenoir, ancien directeur de la recherche de l’Institut Gustave Roussy, en remplacement du Pr Francis Larra. Pour le Pr Lenoir, la priorité de son mandat sera de renforcer la place de la Ligue comme un acteur majeur de la démocratie sanitaire. « Pendant longtemps, la Ligue a été considérée surtout comme une association caritative à qui le public donnait de l’argent pour faire avancer la recherche et reculer la maladie. D’une certaine manière, elle était là pour pallier un certain nombre de carences des pouvoirs publics », constate le Pr Lenoir, en ajoutant que les choses ont changé avec les deux plans cancer successifs. « L’engagement de l’État, avec notamment la mise en place du pilotage intégré de l’INCa, a permis à chaque acteur du monde de la cancérologie de faire évoluer son positionnement. Certes, la Ligue va continuer à faire de la collecte de fonds pour la recherche et des actions sociales. Mais je souhaite renforcer le rôle qui est le sien depuis 1998 : celui de porte-parole des malades, des proches, des usagers. C’est en portant cette parole des malades que la Ligue a réussi à obtenir un certain nombre de mesures importantes du premier plan cancer, notamment le dispositif d’annonce. Grâce à notre présence sur tout le territoire, nous avons un rôle majeur pour faire vivre la démocratie sanitaire au cours des prochaines années. ».

Labellisation de 16 centres d’essais cliniques de phase précoce

Lancé en mai, l’appel à candidatures de l’INCa visait à identifier et labelliser des centres d’essais cliniques spécialisés dans les essais de phase précoce sur des molécules innovantes. Un comité d’évaluation international indépendant a évalué 300 candidatures. À l’arrivée, 16 centres ont été labellisés pour quatre ans avec un budget global de 9 millions d’euros alloués par l’INCa. L’objectif est, selon l’INCa, « de favoriser l’accès aux molécules innovantes pour les patients tout en donnant une meilleure visibilité internationale à la recherche clinique française ».

La chimiothérapie poursuit sa croissance

Depuis 2005, le nombre de malades traités pour cancer a augmenté de 12 %. Dans le même temps, le nombre de malades traités par chimiothérapie a augmenté de plus de 24 %. « Ceci s’explique en particulier par le fait que la chimiothérapie devient un traitement de référence pour de nombreux cancers et par la mise sur le marché de nouvelles molécules » constatait l’INCa, en octobre, à l’occasion de la sortie de son rapport sur la situation de chimiothérapie en 2010. Selon ce document, cinq pathologies cancéreuses (digestif, sein, poumon, gynécologie et hématologie) représentent à elles seules près de 78 % des chimiothérapies réalisées en 2009. Cette année-là, les molécules anticancéreuses innovantes et coûteuses, inscrites sur la liste permettant un remboursement en sus du GHS, ont représenté 57 % du coût total ces médicaments, soit plus de 1,03 milliard d’euros (hors secteur privé). « Le coût annuel de ces médicaments anticancéreux a augmenté de 6,5 % entre 2008 et 2009. Pour la deuxième année consécutive, les dépenses des molécules dites de « biothérapies » sont majoritaires et représentent 57 % des coûts des molécules anticancéreuses », indique l’INCa. Autre constat : de 2004 à juillet 2010, 30 nouvelles molécules ont obtenu une première autorisation de mise sur le marché en oncologie, parmi lesquelles près de la moitié appartient aux nouvelles classes de molécules ciblées sur un phénomène biologique.

La France relève le défi de la  génétique moléculaire

L’année 2010 aura vu un développement considérable de l’activité des 28 plateformes hospitalières de génétique moléculaire, réparties sur l’ensemble du territoire. « L’accès à ces tests se déploie désormais à une très grande échelle », soulignait l’INCa, début octobre, lors de la publication du bilan de l’activité 2009 de ces plateformes. Sur un an, ces plateformes, qui disposent d’un catalogue de 44 tests différents, ont réalisé 160 000 examens pour 102 000 patients. Ces derniers ont principalement bénéficié de trois types de tests. Le premier est la quantification de BCR-ABL avec 22 100 examens effectués pour 8 200 patients atteints de leucémie myéloïde chronique. Le deuxième est la recherche de mutation KRAS dans le cancer colorectal effectuée pour 17 200 patients. Le troisième est la recherche de mutation JAK2 effectuée pour 12 500 patients chez qui un syndrome myéloprolifératif était suspecté.

Pour le Pr Dominique Maraninchi, l’essor important de l’activité des plateformes est un événement marquant de cette année 2010. « Le grand tournant est le fait que désormais, ces tests permettent d’indiquer ou de contre-indiquer des thérapeutiques ciblées. Et notre challenge est de rendre accessible ces tests à l’ensemble de la population candidate. Cela pouvait paraître trop ambitieux mais aujourd’hui, le résultat est là : plus de 100 000 patients, chaque année sur tout le territoire, bénéficient de ces tests pour piloter leurs traitements », se félicite le Pr Maraninchi, en soulignant la nécessité, pour les patients et les équipes soignantes, que ces tests soient délivrés dans un délai relativement rapide. « Le dernier pointage, sur le cancer du poumon, montre un délai de délivrance de dix jours », ajoute-il.

Selon lui, le dispositif prouve la capacité de ces plateformes hospitalières à jouer un rôle de service public. « Ces tests sont faits aussi bien pour des malades pris en charge dans le public que dans le privé. Au total, 50 % des prélèvements traités concernent des établissements extérieurs à la plateforme », indique le Pr Maraninchi, en se plaçant déjà vers l’avenir. « En 2011, nous allons étendre le catalogue des tests et des pathologies et développer l’activité sur les cancers du sein, du poumon ou les mélanomes, en suivant l’arrivée des molécules ciblées », annonce le président de l’INCa. « On peut le dire : la France a désormais un leadership mondial dans ce domaine puisque nous sommes le premier pays à avoir réagi aussi vite à cet enjeu de la médecine moléculaire ».

Un nouveau président, le Pr Josy Reiffers, à la tête de la FNCLCC

C’est en octobre que le Pr Josy Reiffers a pris la présidence de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer, en remplacement du Pr Thomas Tursz qui occupait ce poste depuis 2004. Médecin hématologue, le Pr Reiffers dirige depuis 2005 l’Institut Bergonié (Bordeaux) et depuis 2009 le Cancéropôle Grand Sud Ouest. Sa mission à la tête de la FNCLCC sera d’assurer la consolidation et le développement du Groupe des Centres de lutte contre le cancer. Lancée fin 2007, la « stratégie de Groupe » vise à renforcer le modèle des Centres et leur conférer une masse critique. « Le modèle des Centres a prouvé toute sa pertinence mais il convient de le faire évoluer en tenant compte de nos spécificités, explique le Pr Reiffers. Il faut faire évoluer notre projet médical et scientifique autour de deux notions nouvelles. La première est la diminution de la durée d’hospitalisation. Avec le développement de la chimiothérapie à domicile ou de la chirurgie ambulatoire, nos patients vont sortir plus rapidement de chez nous pour être pris en charge en ville via le médecin traitant. C’est une évolution à laquelle nous devons nous préparer. La deuxième priorité concerne la recherche. Aujourd’hui, les Centres sont reconnus comme des établissements performants en matière de recherche clinique. Il faut qu’à l’avenir, ils deviennent aussi des institutions reconnues dans le domaine de la recherche translationelle. ».

De Bernard Giraudeau et Laurent Fignon aux « héros ordinaires »

Le premier était acteur de cinéma et de théâtre, le second champion cycliste devenu consultant à la télévision. Leur disparition peut sembler anecdotique au regard des 150 000 morts du cancer cette année. Mais elle a provoqué une large émotion dans le public. Et jamais, cette année, les médias n’ont autant parlé du cancer qu’en ces deux occasions. « C’est un peu triste de ne parler du cancer qu’à l’occasion de la mort. On aimerait que les médias parlent autant de tous ceux qui sortent du cancer et qui en guérissent : tous des anonymes, ces « héros ordinaires » que nous voulons mettre en avant », souligne le Pr Maraninchi, qui reconnaît quand même l’impact de la disparition de ces deux célébrités. « Le public a été touché par leur courage mais surtout par le fait qu’ils n’avaient rien caché de leur maladie. Ils en avaient ouvertement parlé et raconté ce qu’ils vivaient. C’est important car il y a encore beaucoup de tabous autour de la maladie. Et le fait de témoigner au grand jour renforce le courage de beaucoup de malades », constate le Pr Maraninchi. « Tous les deux ont aussi tenu et réussi à continuer à travailler malgré la maladie et c’est un message important contre l’exclusion sociale que provoque encore trop souvent la maladie », ajoute-t-il.\\

DÉCEMBRE 2010
DOSSIER RÉALISÉ PAR ANTOINE DALAT

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Profession cancérologue

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COMITÉ DE RÉDACTION
Directeur : Pr Michel Marty, Paris.
Membres du comité : Pr Roland Bugat, Boulogne-Billancourt. Dr Laurent Cals,
Toulon. Pr Serge Evrard, Bordeaux. Pr Véronique Leblond, Paris. Pr Gilles Salles, Pierre-Bénite. Pr Danièle Sommelet, Nancy.Pr Pierre Verrelle, Clermont-Ferrand.


Président CMPMedica France et Benelux/Directeur de la publication : Dr Gérard Kouchner.
Directeur Pôle Presse et Édition CMPMedica France : Dr Philippe Leduc.
Directeur médical CMPMedica France : Dr Alain Marié.
Directrice marketing CMPMedica France : Sophie Thénot.

L'édito

Pr Michel Marty

 

L’année 2010 est une année de progrès réguliers, certains décisifs pour les patients, sans réelle rupture de rythme, se concrétisant par la confirmation de la baisse de la mortalité par cancer.

Accélé...

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