L’année 2010 est une année de progrès réguliers, certains décisifs pour les patients, sans réelle rupture de rythme, se concrétisant par la confirmation de la baisse de la mortalité par cancer.
Accélé...
CONTEXTE. Le Plan cancer II, présenté par Nicolas Sarkozy, affiche trois objectifs majeurs : construire l’excellence des soins de demain, réduire les inégalités et développer un programme personnalisé de l’après-cancer.
L’événement était attendu au début de l’année 2009. C’est finalement au début du mois de novembre que Nicolas Sarkozy a présenté, à Marseille, le deuxième Plan cancer (2009-2013). Doté de 750 millions d’euros (Tableau 1), ce plan devra, selon le chef de l’État, poursuivre trois objectifs majeurs : l’excellence des soins de demain, la réduction des inégalités face au cancer et l’amélioration de la vie après la maladie. Largement inspiré par le rapport du Pr Jean-Pierre Grünfeld, ce Plan cancer II comporte 30 mesures et 118 actions, déclinées autour de cinq grands axes : recherche, observation, prévention-dépistage, soins, vivre pendant et après le cancer.
1. Axe recherche
La principale mesure est la labellisation par l’Institut national du cancer (INCa) de cinq sites de recherche pluridisciplinaires en cancérologie. « Nous avons 5 000 chercheurs en France en cancérologie. Au sein de cet ensemble, nous allons identifier les meilleures structures. Cinq sites de recherche pluridisciplinaires seront labellisés par l’INCa. Ces sites devront présenter la masse critique nécessaire de médecins, de patients, de chercheurs et d’équipements. Ces cinq sites travailleront en réseau avec d’autres équipes de recherche et d’autres établissements de santé. Ils seront un facteur d’émulation. J’attends des cinq sites qu’ils contribuent de manière décisive à accélérer le transfert des avancées de la recherche au bénéfice des malades », a expliqué Nicolas Sarkozy, en ajoutant que ces sites labellisés « seront encouragés à concourir au plan mondial à la réalisation d’essais cliniques de nouveaux médicaments ».
Le plan se fixe aussi pour objectif d’augmenter de 50 % la participation des patients aux essais cliniques. « L’effort portera en priorité sur les populations les plus vulnérables : enfant, personnes âgées, tumeurs rares et formes graves », souligne le Plan. Autre objectif : consacrer plus de 15 % du budget de la recherche, mobilisé pour le plan, à l’analyse des risques environnementaux et comportementaux. « On n’a pas assez travaillé sur ces questions. Il ne s’agit pas d’affoler inutilement les Français, cela n’aurait aucun sens mais il faut être attentif aux risques émergents », a souligné le président de la République.
2. Axe observation
« Les données existantes nécessaires à l’observation des cancers et de la cancérologie sont éparses, du fait de la multiplicité des sources et des producteurs de données », souligne le Plan, en précisant la nécessité de mettre annuellement à disposition du public et des décideurs les principales données des cancers et les principaux indicateurs de la politique de lutte contre les cancers, au niveau national, avec des déclinaisons au niveau territorial. Une des principales mesures sera d’améliorer le dispositif de surveillance avec deux axes : le renforcement des registres existants par le recueil de données complémentaires et dans des délais plus courts ; la poursuite de la mise en place du dispositif d’enregistrement automatisé national de données individuelles anonymisées : le système multisources cancer (SMSC) à partir des données issues des comptes rendus d’anatomocytopathologie (ACP), du PMSI et de la base des affections de longue durée (ALD). Autres mesures : le développement de l’épidémiologie sociale du cancer et l’amélioration de l’observation et la surveillance des cancers liés à l’environnement professionnel.
3. Axe prévention-dépistage
Une des grandes ambitions du Plan sera de lutter contre les inégalités face au cancer. « Le risque de mourir d’un cancer entre 30 et 65 ans est deux fois plus élevé chez les ouvriers que chez les professions libérales. Il ne faut pas banaliser ces chiffres », a martelé Nicolas Sarkozy. Pour lutter contre ces inégalités, le Plan vise à augmenter de 15 % la participation de l’ensemble de la population aux dépistages organisés. Une augmentation qui devra être de 50 % dans les départements ayant le plus de difficultés.
Lors de la présentation de ce Plan, le président de la République était très attendu sur les prix du tabac. Les associations réclamaient une augmentation d’au moins 10 %, renouvelée si possible deux années de suite. Finalement, le chef de l’État a décidé de ne pas aller plus loin que la hausse de 6 %, entrée en vigueur au 1er novembre. « Je dois aussi tenir compte du pouvoir d’achat des Français, d’une réalité économique qui existe », a indiqué Nicolas Sarkozy, en annonçant qu’en 2010, le remboursement des soins nicotiniques sera porté de 50 à 150 euros pour les bénéficiaires de la CMU et les femmes enceintes. Il a aussi confirmé la prochaine introduction des avertissements visuels sur les paquets de cigarettes et affirmé son opposition à toute vente du tabac sur l’Internet. Dans le cadre de la promotion de l’activité physique, Nicolas Sarkozy a enfin demandé à Roselyne Bachelot de réfléchir à une « journée nationale de l’activité physique ».
4. Axe soins
Une des principales mesures du Plan sera de garantir à chaque patient un « parcours de soins personnalisé et efficace ». L’objectif est de permettre à 80 % des patients de bénéficier d’un programme personnalisé de soins (PPS) dans lequel le médecin traitant devra être systématiquement impliqué. Autre priorité : le maintien de l’accès aux molécules innovantes. « L’accès aux molécules innovantes, au travers du dispositif dit de la “liste hors T2A”, doit être maintenu. Je sais que c’est coûteux. Mais cela doit être maintenu parce que c’est une question d’égalité. Il en est de même pour les tests moléculaires », a indiqué Nicolas Sarkozy, en précisant que ces tests seront réalisés dans des plates-formes régionales. « Notre pays manque d’IRM pour le diagnostic et la surveillance des cancers ainsi que pour la recherche. Sur la durée du Plan, 74 machines supplémentaires seront installées, dont 39 dans les dix régions ayant la mortalité par cancer la plus élevée », a-t-il ajouté.
Le plan souhaite aussi répondre au « défi démographique » en augmentant les postes de chefs de clinique et d’assistants spécialistes dans les sites formateurs en oncologie médicale, oncologie, oncohématologie et anatomocytopathologie. « La discipline d’oncologie médicale devra, en particulier, faire l’objet d’un soutien spécifique, en raison des fortes inégalités dans les répartitions régionales, qui seront prises en compte pour la répartition des postes », souligne le Plan. Dans son discours, Nicolas Sarkozy a déploré le nombre insuffisant d’oncologues, de radiothérapeutes et d’hématologues. « Il faut viser 20 % du nombre de ces spécialistes en plus », a-t-il indiqué en annonçant un « effort particulier de recrutement » en faveur des radiophysiciens.
5. Axe vivre pendant et après le cancer
Le plan prévoit que, d’ici 2013, au moins 50 % des patients puissent bénéficier d’un programme personnalisé de l’après-cancer (PPAC). Ce programme sera élaboré en complémentarité et continuité avec le PPS. « Il comprendra le suivi nécessaire et l’évaluation du risque de rechute et de séquelles, la prévention de second cancer et les éléments liés à la réinsertion. Un volet spécifique pour les enfants et les adolescents sera défini et expérimenté. Cette action implique aussi d’offrir aux personnes malades et aux aidants la possibilité d’un accompagnement psychologique après le cancer », indique le Plan. Sinon, le chef de l’État a tenu à « élever un peu la voix » pour s’adresser aux assureurs et aux établissements de crédit. « Je n’accepterai pas que des patients ne puissent s’assurer et emprunter dans les meilleures conditions possibles », a-t-il affirmé.
Réactions au Plan cancer II
Dans un communiqué, la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) indique approuver les principales orientations de ce plan. « Les mesures s’inscrivent dans la continuité. Elles renforcent le modèle d’organisation en cancérologie des centres de lutte contre le cancer, basé sur le continuum recherche-soins et la prise en charge globale du patient » indique la FNCLCC, en estimant que le Plan, avec un engagement financier de 730 millions d’euros, est un « plan volontariste dans la période de restriction budgétaire ».
Chef de l’unité de cancérologie de l’hôpital Cochin à Paris, le Pr François Goldwasser se félicite pour sa part de la volonté d’axer la prise en charge dans une logique de parcours de soins. « Aujourd’hui, les établissements de santé raisonnent encore trop par services et donc par étapes de soins, sans que personne ne se préoccupe de la cohérence de l’ensemble du parcours. Cela serait une petite révolution que d’instaurer ce principe de raisonnement par parcours de soins », indique le Pr Goldwasser, en saluant la volonté de recruter davantage d’oncologues. « Dans un contexte budgétaire très tendu et alors qu’on a plutôt à supprimer des postes dans les hôpitaux, c’est une bonne chose d’affirmer au plus haut niveau de l’État qu’il convient de recruter davantage de PH pour soigner les malades du cancer », ajoute-il.
Président de la Ligue contre le cancer, le Pr Francis Larra n’a qu’un seul regret, le coup de pouce « insuffisant » sur les prix du tabac. Pour le reste, il porte un regard très positif sur ce Plan. « Les mesures sur la recherche, sur la meilleure prise en compte des facteurs environnementaux et la réduction des inégalités vont dans le bon sens », indique le Pr Larra, en insistant sur l’importance donnée à l’amélioration de la vie après la maladie. « Il y a encore beaucoup à faire, notamment dans le domaine du retour à l’emploi. Aujourd’hui, en particulier dans le secteur privé, les malades se voient encore trop souvent refuser un mi-temps thérapeutique. Parfois, ils subissent même une “mise au placard”, prélude à un licenciement », indique le président de la Ligue, en évoquant le dossier de l’assurabilité. « Si la convention Areas a permis des progrès incontestables, il reste encore du chemin à faire. Il conviendrait notamment que les surprimes d’assurance tiennent davantage compte des progrès thérapeutiques les plus récents ».\\
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L’année 2010 est une année de progrès réguliers, certains décisifs pour les patients, sans réelle rupture de rythme, se concrétisant par la confirmation de la baisse de la mortalité par cancer.
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