Ce numĂ©ro de Profession Cardiologue revient sur les Ă©vĂ©nements mĂ©dicaux marquants et les temps forts de lâactualitĂ© socioprofessionnelle de lâannĂ©e 2010. CuvĂ©e trĂšs riche, tant en cardiologie interventionnelle qui...
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CONTEXTE. Que les mĂ©decins sâen rĂ©jouissent ou sâen agacent, câest dĂ©sormais un fait incontournable : de plus en plus de leurs patients vont chercher des informations sur Internet et participent Ă des forums de discussion. Mieux vaut donc accompagner ce mouvement inĂ©luctable.
Lâanecdote est racontĂ©e par le Dr Philippe Tarabbia, cardiologue libĂ©ral Ă Bayonne. « Lâautre jour, jâai reçu une patiente qui avait fait des lambeaux de fibrillation auriculaire. Je lui ai expliquĂ© le diagnostic mais une fois rentrĂ©e chez elle, elle a recherchĂ© â fibrillation â sur Internet. Elle est tombĂ©e sur la fibrillation⊠ventriculaire et elle sâest fait tout un film. Quand elle est revenue en consultation, elle mâa dit : mais docteur, câest trĂšs grave la fibrillation. On peut en mourir. Vous ne mâavez pas dit tout cela⊠».
Quâils sâen rĂ©jouissent ou sâen agacent, câest dĂ©sormais un fait bien Ă©tabli : les mĂ©decins doivent tenir compte de la place prise par le net dans lâinformation de leurs patients. « Câest une Ă©volution incontournable », estime le Dr StĂ©phane Voguet, cardiologue au centre hospitalier dâAuxerre. « Aujourdâhui, entre 10 et 20 % des patients vont chercher des informations sur Internet. Ils nâĂ©taient que 7 % dans une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e en 2005 par lâUFCV. Mais Ă lâavenir, ce chiffre va augmenter dans des proportions considĂ©rables, ajoute-il. Le malade cardiologique de demain sera un patient branchĂ© sur Internet. Câest inĂ©luctable. Aujourdâhui, pratiquement tous les gens de moins de 40 ans passent plus de 2 ou 3 heures par jour devant leur ordinateur. On utilise Internet pour sâinformer, rĂ©server ses vacances, louer une voiture⊠Demain, tout le monde se servira aussi de cet outil pour mieux gĂ©rer sa santĂ© ou obtenir des renseignements sur son Ă©tablissement de soins. Il faut ĂȘtre conscient de cette Ă©volution et produire nous-mĂȘme de lâinformation si on ne veut pas que dâautres le fassent Ă notre place ».
Comme le Dr Voguet, de nombreux cardiologues ont compris quâil ne servait Ă rien de sâopposer Ă cette quĂȘte dâinformation mĂ©dicale sur Internet. « Je ne suis pas opposĂ© Ă Internet. Il mâarrive mĂȘme de recommander certains sites Ă mes patients comme le site de lâauto-mesure tensionnelle ou celui des cardiologues du sport. Et je pense que câest une bonne chose que les patients soient mieux informĂ©s que par le passĂ© », indique le Dr Tarabbia, en ajoutant que le problĂšme est surtout de « filtrer » lâinformation diffusĂ©e sur la toile et de trouver des sites avec des contenus adaptĂ©s au niveau de comprĂ©hension, parfois trĂšs variable, des patients. « En consultation, inconsciemment ou non, on ajuste notre diction, nos tournures de phrases et le niveau de spĂ©cialisation de notre discours au niveau culturel et socio-Ă©conomique du patient assis en face de nous. Mais avec Internet, le problĂšme est un peu le mĂȘme que celui qui se pose lorsquâon fait une Ă©mission de radio. Câest trĂšs difficile de dĂ©livrer une parole mĂ©dicale sans savoir prĂ©cisĂ©ment Ă qui on sâadresse et le niveau dâinformation dont a besoin la personne. Sur Internet, on trouve des sites bien faits, trĂšs documentĂ©s mais qui ne sont pas forcĂ©ment adaptĂ©s au niveau de connaissance et de comprĂ©hension de tous les internautes », juge le Dr Tarabbia.
Un avis partagĂ© par Bernard Perriguey, prĂ©sident de lâAssociation des familles de malades opĂ©rĂ©s du cĆur (AFMOC) de Franche-ComtĂ©. « Câest vrai que beaucoup de gens, dĂšs quâils ont un problĂšme de santĂ©, vont se renseigner sur Internet. Le problĂšme est quâInternet diffuse une information trĂšs gĂ©nĂ©rale alors que le patient, lui, cherche des informations sur son cas particulier. Si on nây prend pas garde, cela peut conduire Ă de mauvaises interprĂ©tations », souligne ce responsable associatif. « Il y a souvent un prisme dans lâutilisation du net. Les patients trouvent surtout ce quâils cherchent. Si le patient se focalise sur les effets secondaires, sa recherche sera tronquĂ©e et lâon doit alors prendre le temps de rĂ©expliquer la balance bĂ©nĂ©fices/risques », explique de son cĂŽtĂ© le Dr Voguet.
La particularitĂ© dâInternet est aussi de permettre lâaccĂšs Ă une quantitĂ© quasi illimitĂ©e dâinformation, y compris de nature mĂ©dicale. Une information qui, jusque-lĂ , Ă©tait rĂ©servĂ©e Ă un public dâinitiĂ©s. « On trouve de tout, y compris des rĂ©sultats dâĂ©tudes scientifiques dont on ne comprend pas grand-chose. Et mĂȘme sâils vont sur Internet, les patients auront toujours besoin de leur cardiologue pour leur expliquer certaines donnĂ©es », indique Bernard Perriguey. « Les sites sur les mĂ©dicaments sont en gĂ©nĂ©ral trop pointus pour le grand public, constate le Dr Tarabbia. Etâonâne voit jamais arriver en consultation un patient qui va vous dire quâil prĂ©fĂšre un bĂȘta-bloquant plutĂŽt quâun inhibiteur calcique ou qui vous parle de la derniĂšre Ă©tude sur les IEC. Le seul moment oĂč jâai vu quelques patients Ă©voquer des alternatives thĂ©rapeutiques est celui oĂč la cĂ©rivastatine a Ă©tĂ© retirĂ©e du marchĂ©. Cela a fait du bruit et, apparemment, suscitĂ© beaucoup de discussions sur Internet. Et lĂ , jâai vu arriver des patients qui proposaient de prendre des coenzymes Q10 ou de la tisane Ă la place de leurs statines ».
Consciente de la place prise par Internet dans lâinformation des patients, la Haute AutoritĂ© de santĂ© (HAS) a engagĂ©, en sâappuyant sur la loi du 13 aoĂ»t 2004, une procĂ©dure de certification des sites dĂ©diĂ©s Ă la santĂ©. Pour mener cette mission, elle a fait appel Ă la Fondation Health on the net (HON), une association Ă but non lucratif, basĂ©e en Suisse et spĂ©cialisĂ©e dans la certification des sites. Pour obtenir le label « HON », les sites, quâils soient journalistiques, institutionnels, associatifs ou pharmaceutiques, doivent respecter quelques critĂšres bien prĂ©cis. Ils doivent dâabord indiquer la qualification des rĂ©dacteurs, assurer la confidentialitĂ© des informations personnelles soumises par les internautes, prĂ©senter leurs sources de financement et sĂ©parer la publicitĂ© du contenu Ă©ditorial. Lâinformation doit aussi venir en complĂ©ment et non Ă la place de la relation mĂ©decin-malade. Enfin, le site doit aussi citer les sources des donnĂ©es publiĂ©es et justifier toute affirmation sur les bienfaits ou les inconvĂ©nients dâun traitement.
Ouvert il y a un an, le site du service de cardiologie du CH dâAuxerre (www.cardio-auxerre.fr) a dĂ©jĂ obtenu ce label HON. Ce site, qui a demandĂ© deux ans de travail, est particuliĂšrement original et bien fait, comme en tĂ©moigne son utilisation par diffĂ©rentes industries comme outil de formation en interne. Il permet au patient de dĂ©couvrir lâhĂŽpital et de suivre, depuis le moment oĂč il va garer sa voiture sur le parking, toutes les Ă©tapes de sa future hospitalisation avec une explication trĂšs pĂ©dagogique des examens qui lui seront faits. AppuyĂ©e en cela par des vidĂ©os de cas cliniques filmĂ©s et des images de synthĂšse, il sâagit dâun vĂ©ritable voyage virtuel au cĆur du myocarde et des coronaires notamment au cours dâangioplastie et dâimplantation de pace-maker, ce qui nâavait jamais Ă©tĂ© fait jusquâalors, explique le Dr Voguet. Dans le cadre de lâamĂ©lioration des pratiques, nous souhaitions rĂ©flĂ©chir sur la maniĂšre de mieux informer les patients. Nous les avons donc interrogĂ©s sur leurs attentes dans ce domaine. Et nous avons rĂ©alisĂ© que nous ne nous Ă©tions pas posĂ©s les bonnes questions. Ce que veulent savoir les patients, ce sont des choses trĂšs concrĂštes comme leur parcours de soin : qui va mâaccueillir dans le service ? Ă quelles heures sont les repas ou les visites ? Quelles informations tire-t-on de tel examen ? Est-ce douloureux ? Est-ce que jâaurais une cicatrice aprĂšs la pose dâun pace-maker ? Pour chacun des chapitres traitĂ©s, lâinternaute est invitĂ© Ă poser des questions qui seront gĂ©rĂ©es via notre compte administrateur et auxquelles je rĂ©ponds sous quinzaine seulement, afin dâĂ©viter lâeffet « consultation » du dialogue.
Dans le monde de la cardiologie, dâautres initiatives sont attendues sur le net en 2010. Câest dâabord la FĂ©dĂ©ration française de cardiologie (FFC) qui devrait, en principe pour le printemps, sortir une nouvelle version de son site. « Aujourdâhui, beaucoup de gens viennent sur le site de la FĂ©dĂ©ration Ă lâoccasion de nos grands Ă©vĂ©nements comme les Parcours du cĆur ou nos campagnes sur la 1re cigarette. Notre volontĂ© est dâarriver Ă capter et Ă fidĂ©liser ce public en lui proposant un rendez-vous rĂ©gulier dâinformation », explique Philippe Cottet, webmaster Ă la FFC. Le site proposera ainsi des grands dossiers sur les pathologies cardiovasculaires. « Nous allons demander aux cardiologues de rĂ©diger des articles de fond que nous allons essayer de dĂ©cliner sous une forme vulgarisĂ©e », souligne Philippe Cottet. Mais ce site aura aussi pour ambition dâouvrir un espace de dialogue et de dĂ©bat. « Aujourdâhui, les sites mĂ©dicaux gĂ©nĂ©ralistes proposent souvent des articles bien faits, ajoute-il. Mais ce nâest pas lĂ que se joue lâessentiel. Câest sur les forums de discussion oĂč les patients cherchent la parole de leurs pairs. Sur ces forums circule une information non contrĂŽlĂ©e et parfois fantaisiste et dangereuse. Il faut donc que les sites institutionnels de rĂ©fĂ©rence comme le nĂŽtre puissent aussi attirer ce public et offrir un forum de dĂ©bat mais avec une modĂ©ration mĂ©dicale. »
En attendant, le grand Ă©vĂ©nement de ce dĂ©but dâannĂ©e 2010 sera la mise en place Ă la fin de ce mois de janvier dâun tout nouveau site (moncardio.org) destinĂ© au grand public et lancĂ© Ă lâinitiative du Syndicat national des spĂ©cialistes des maladies du cĆur et des vaisseaux (SNSMCV) et de la FĂ©dĂ©ration nationale des associations de malades cardiovasculaires et opĂ©rĂ©s du coeur (FNAMOC), qui ont signĂ© mi-dĂ©cembre une convention de partenariat. « Lâobjectif de ce site est dâinformer les patients et les usagers sur lâorganisation de la cardiologie et dâapporter des rĂ©ponses Ă des questions trĂšs concrĂštes : quâest ce quâune maladie cardiovasculaire ? En quoi consistent les traitements ? Comment sâorganisent les prises en charge ? Quâest ce que le parcours de soins ? Comment prĂ©parer des examens, une consultation ou une hospitalisation ? », explique le Dr Jean-François ThĂ©baut le prĂ©sident du SNSMCV. « Ce site permettra dâapporter des informations prĂ©cises que nous ne sommes pas toujours en mesure de donner au tĂ©lĂ©phone aux gens qui nous appellent pour nous dire : voilĂ , jâai tel ou tel truc⊠Quâest-ce que je dois faire ? », poursuit Jean-Claude Boulmer, le prĂ©sident de la FNAMOC. Selon lui, le site devrait aussi ĂȘtre utile pour les patients en traitement. « Un certain nombre dâentre eux nâarrivent pas toujours Ă poser toutes les questions quâils souhaiteraient Ă leur cardiologue traitant : soit par manque de temps, soit parce quâils oublient certaines questions durant la consultation » et pourtant, rappelle Jean-François ThĂ©baut, « une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e anonymement par lâUFCV en 2006 auprĂšs de 3 257 patients Ă lâissue de leur consultation montrait que 89 % dâentre eux souhaiteraient que cette rĂ©ponse vienne de leur cardiologue et que 73 % de leur mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste. Cette trĂšs forte demande justifie, en elle-mĂȘme, la dĂ©marche du Syndicat »
FinancĂ© par le SNSMCV sur ses fonds propres, le site comprendra aussi un forum dâexpression, qui sera modĂ©rĂ© par des cardiologues ou des reprĂ©sentants des associations. « Tout le contenu du site sera balisĂ© par un comitĂ© Ă©ditorial dans lequel la FNAMOC aura toute sa place », prĂ©cise le Dr ThĂ©baut.\\
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