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CONTEXTE. Que les mĂ©decins s’en rĂ©jouissent ou s’en agacent, c’est dĂ©sormais un fait incontournable : de plus en plus de leurs patients vont chercher des informations sur Internet et participent Ă  des forums de discussion. Mieux vaut donc accompagner ce mouvement inĂ©luctable.

L’anecdote est racontĂ©e par le Dr Philippe Tarabbia, cardiologue libĂ©ral Ă  Bayonne. « L’autre jour, j’ai reçu une patiente qui avait fait des lambeaux de fibrillation auriculaire. Je lui ai expliquĂ© le diagnostic mais une fois rentrĂ©e chez elle, elle a recherchĂ© “ fibrillation â€ sur Internet. Elle est tombĂ©e sur la fibrillation
 ventriculaire et elle s’est fait tout un film. Quand elle est revenue en consultation, elle m’a dit : mais docteur, c’est trĂšs grave la fibrillation. On peut en mourir. Vous ne m’avez pas dit tout cela
 Â».
Qu’ils s’en rĂ©jouissent ou s’en agacent, c’est dĂ©sormais un fait bien Ă©tabli : les mĂ©decins doivent tenir compte de la place prise par le net dans l’information de leurs patients. « C’est une Ă©volution incontournable Â», estime le Dr StĂ©phane Voguet, cardiologue au centre hospitalier d’Auxerre. « Aujourd’hui, entre 10 et 20 % des patients vont chercher des informations sur Internet. Ils n’étaient que 7 % dans une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e en 2005 par l’UFCV. Mais Ă  l’avenir, ce chiffre va augmenter dans des proportions considĂ©rables, ajoute-il. Le malade cardiologique de demain sera un patient branchĂ© sur Internet. C’est inĂ©luctable. Aujourd’hui, pratiquement tous les gens de moins de 40 ans passent plus de 2 ou 3 heures par jour devant leur ordinateur. On utilise Internet pour s’informer, rĂ©server ses vacances, louer une voiture
 Demain, tout le monde se servira aussi de cet outil pour mieux gĂ©rer sa santĂ© ou obtenir des renseignements sur son Ă©tablissement de soins. Il faut ĂȘtre conscient de cette Ă©volution et produire nous-mĂȘme de l’information si on ne veut pas que d’autres le fassent Ă  notre place Â».
Comme le Dr Voguet, de nombreux cardiologues ont compris qu’il ne servait Ă  rien de s’opposer Ă  cette quĂȘte d’information mĂ©dicale sur Internet. « Je ne suis pas opposĂ© Ă  Internet. Il m’arrive mĂȘme de recommander certains sites Ă  mes patients comme le site de l’auto-mesure tensionnelle ou celui des cardiologues du sport. Et je pense que c’est une bonne chose que les patients soient mieux informĂ©s que par le passĂ© Â», indique le Dr Tarabbia, en ajoutant que le problĂšme est surtout de « filtrer Â» l’information diffusĂ©e sur la toile et de trouver des sites avec des contenus adaptĂ©s au niveau de comprĂ©hension, parfois trĂšs variable, des patients. « En consultation, inconsciemment ou non, on ajuste notre diction, nos tournures de phrases et le niveau de spĂ©cialisation de notre discours au niveau culturel et socio-Ă©conomique du patient assis en face de nous. Mais avec Internet, le problĂšme est un peu le mĂȘme que celui qui se pose lorsqu’on fait une Ă©mission de radio. C’est trĂšs difficile de dĂ©livrer une parole mĂ©dicale sans savoir prĂ©cisĂ©ment Ă  qui on s’adresse et le niveau d’information dont a besoin la personne. Sur Internet, on trouve des sites bien faits, trĂšs documentĂ©s mais qui ne sont pas forcĂ©ment adaptĂ©s au niveau de connaissance et de comprĂ©hension de tous les internautes Â», juge le Dr Tarabbia.
Un avis partagĂ© par Bernard Perriguey, prĂ©sident de l’Association des familles de malades opĂ©rĂ©s du cƓur (AFMOC) de Franche-ComtĂ©. « C’est vrai que beaucoup de gens, dĂšs qu’ils ont un problĂšme de santĂ©, vont se renseigner sur Internet. Le problĂšme est qu’Internet diffuse une information trĂšs gĂ©nĂ©rale alors que le patient, lui, cherche des informations sur son cas particulier. Si on n’y prend pas garde, cela peut conduire Ă  de mauvaises interprĂ©tations Â», souligne ce responsable associatif. « Il y a souvent un prisme dans l’utilisation du net. Les patients trouvent surtout ce qu’ils cherchent. Si le patient se focalise sur les effets secondaires, sa recherche sera tronquĂ©e et l’on doit alors prendre le temps de rĂ©expliquer la balance bĂ©nĂ©fices/risques Â», explique de son cĂŽtĂ© le Dr Voguet.
La particularitĂ© d’Internet est aussi de permettre l’accĂšs Ă  une quantitĂ© quasi illimitĂ©e d’information, y compris de nature mĂ©dicale. Une information qui, jusque-lĂ , Ă©tait rĂ©servĂ©e Ă  un public d’initiĂ©s. « On trouve de tout, y compris des rĂ©sultats d’études scientifiques dont on ne comprend pas grand-chose. Et mĂȘme s’ils vont sur Internet, les patients auront toujours besoin de leur cardiologue pour leur expliquer certaines donnĂ©es Â», indique Bernard Perriguey. « Les sites sur les mĂ©dicaments sont en gĂ©nĂ©ral trop pointus pour le grand public, constate le Dr Tarabbia. Et on ne voit jamais arriver en consultation un patient qui va vous dire qu’il prĂ©fĂšre un bĂȘta-bloquant plutĂŽt qu’un inhibiteur calcique ou qui vous parle de la derniĂšre Ă©tude sur les IEC. Le seul moment oĂč j’ai vu quelques patients Ă©voquer des alternatives thĂ©rapeutiques est celui oĂč la cĂ©rivastatine a Ă©tĂ© retirĂ©e du marchĂ©. Cela a fait du bruit et, apparemment, suscitĂ© beaucoup de discussions sur Internet. Et lĂ , j’ai vu arriver des patients qui proposaient de prendre des coenzymes Q10 ou de la tisane Ă  la place de leurs statines Â».
Consciente de la place prise par Internet dans l’information des patients, la Haute AutoritĂ© de santĂ© (HAS) a engagĂ©, en s’appuyant sur la loi du 13 aoĂ»t 2004, une procĂ©dure de certification des sites dĂ©diĂ©s Ă  la santĂ©. Pour mener cette mission, elle a fait appel Ă  la Fondation Health on the net (HON), une association Ă  but non lucratif, basĂ©e en Suisse et spĂ©cialisĂ©e dans la certification des sites. Pour obtenir le label « HON Â», les sites, qu’ils soient journalistiques, institutionnels, associatifs ou pharmaceutiques, doivent respecter quelques critĂšres bien prĂ©cis. Ils doivent d’abord indiquer la qualification des rĂ©dacteurs, assurer la confidentialitĂ© des informations personnelles soumises par les internautes, prĂ©senter leurs sources de financement et sĂ©parer la publicitĂ© du contenu Ă©ditorial. L’information doit aussi venir en complĂ©ment et non Ă  la place de la relation mĂ©decin-malade. Enfin, le site doit aussi citer les sources des donnĂ©es publiĂ©es et justifier toute affirmation sur les bienfaits ou les inconvĂ©nients d’un traitement.
Ouvert il y a un an, le site du service de cardiologie du CH d’Auxerre (www.cardio-auxerre.fr) a dĂ©jĂ  obtenu ce label HON. Ce site, qui a demandĂ© deux ans de travail, est particuliĂšrement original et bien fait, comme en tĂ©moigne son utilisation par diffĂ©rentes industries comme outil de formation en interne. Il permet au patient de dĂ©couvrir l’hĂŽpital et de suivre, depuis le moment oĂč il va garer sa voiture sur le parking, toutes les Ă©tapes de sa future hospitalisation avec une explication trĂšs pĂ©dagogique des examens qui lui seront faits. AppuyĂ©e en cela par des vidĂ©os de cas cliniques filmĂ©s et des images de synthĂšse, il s’agit d’un vĂ©ritable voyage virtuel au cƓur du myocarde et des coronaires notamment au cours d’angioplastie et d’implantation de pace-maker, ce qui n’avait jamais Ă©tĂ© fait jusqu’alors, explique le Dr Voguet. Dans le cadre de l’amĂ©lioration des pratiques, nous souhaitions rĂ©flĂ©chir sur la maniĂšre de mieux informer les patients. Nous les avons donc interrogĂ©s sur leurs attentes dans ce domaine. Et nous avons rĂ©alisĂ© que nous ne nous Ă©tions pas posĂ©s les bonnes questions. Ce que veulent savoir les patients, ce sont des choses trĂšs concrĂštes comme leur parcours de soin : qui va m’accueillir dans le service ? À quelles heures sont les repas ou les visites ? Quelles informations tire-t-on de tel examen ? Est-ce douloureux ? Est-ce que j’aurais une cicatrice aprĂšs la pose d’un pace-maker ? Pour chacun des chapitres traitĂ©s, l’internaute est invitĂ© Ă  poser des questions qui seront gĂ©rĂ©es via notre compte administrateur et auxquelles je rĂ©ponds sous quinzaine seulement, afin d’éviter l’effet « consultation Â» du dialogue.
Dans le monde de la cardiologie, d’autres initiatives sont attendues sur le net en 2010. C’est d’abord la FĂ©dĂ©ration française de cardiologie (FFC) qui devrait, en principe pour le printemps, sortir une nouvelle version de son site. « Aujourd’hui, beaucoup de gens viennent sur le site de la FĂ©dĂ©ration Ă  l’occasion de nos grands Ă©vĂ©nements comme les Parcours du cƓur ou nos campagnes sur la 1re cigarette. Notre volontĂ© est d’arriver Ă  capter et Ă  fidĂ©liser ce public en lui proposant un rendez-vous rĂ©gulier d’information Â», explique Philippe Cottet, webmaster Ă  la FFC. Le site proposera ainsi des grands dossiers sur les pathologies cardiovasculaires. « Nous allons demander aux cardiologues de rĂ©diger des articles de fond que nous allons essayer de dĂ©cliner sous une forme vulgarisĂ©e Â», souligne Philippe Cottet. Mais ce site aura aussi pour ambition d’ouvrir un espace de dialogue et de dĂ©bat. « Aujourd’hui, les sites mĂ©dicaux gĂ©nĂ©ralistes proposent souvent des articles bien faits, ajoute-il. Mais ce n’est pas lĂ  que se joue l’essentiel. C’est sur les forums de discussion oĂč les patients cherchent la parole de leurs pairs. Sur ces forums circule une information non contrĂŽlĂ©e et parfois fantaisiste et dangereuse. Il faut donc que les sites institutionnels de rĂ©fĂ©rence comme le nĂŽtre puissent aussi attirer ce public et offrir un forum de dĂ©bat mais avec une modĂ©ration mĂ©dicale. Â»
En attendant, le grand Ă©vĂ©nement de ce dĂ©but d’annĂ©e 2010 sera la mise en place Ă  la fin de ce mois de janvier d’un tout nouveau site (moncardio.org) destinĂ© au grand public et lancĂ© Ă  l’initiative du Syndicat national des spĂ©cialistes des maladies du cƓur et des vaisseaux (SNSMCV) et de la FĂ©dĂ©ration nationale des associations de malades cardiovasculaires et opĂ©rĂ©s du coeur (FNAMOC), qui ont signĂ© mi-dĂ©cembre une convention de partenariat. « L’objectif de ce site est d’informer les patients et les usagers sur l’organisation de la cardiologie et d’apporter des rĂ©ponses Ă  des questions trĂšs concrĂštes : qu’est ce qu’une maladie cardiovasculaire ? En quoi consistent les traitements ? Comment s’organisent les prises en charge ? Qu’est ce que le parcours de soins ? Comment prĂ©parer des examens, une consultation ou une hospitalisation ? Â», explique le Dr Jean-François ThĂ©baut le prĂ©sident du SNSMCV. « Ce site permettra d’apporter des informations prĂ©cises que nous ne sommes pas toujours en mesure de donner au tĂ©lĂ©phone aux gens qui nous appellent pour nous dire : voilĂ , j’ai tel ou tel truc
 Qu’est-ce que je dois faire ? Â», poursuit Jean-Claude Boulmer, le prĂ©sident de la FNAMOC. Selon lui, le site devrait aussi ĂȘtre utile pour les patients en traitement. « Un certain nombre d’entre eux n’arrivent pas toujours Ă  poser toutes les questions qu’ils souhaiteraient Ă  leur cardiologue traitant : soit par manque de temps, soit parce qu’ils oublient certaines questions durant la consultation Â» et pourtant, rappelle Jean-François ThĂ©baut, « une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e anonymement par l’UFCV en 2006 auprĂšs de 3 257 patients Ă  l’issue de leur consultation montrait que 89 % d’entre eux souhaiteraient que cette rĂ©ponse vienne de leur cardiologue et que 73 % de leur mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste. Cette trĂšs forte demande justifie, en elle-mĂȘme, la dĂ©marche du Syndicat Â»
FinancĂ© par le SNSMCV sur ses fonds propres, le site comprendra aussi un forum d’expression, qui sera modĂ©rĂ© par des cardiologues ou des reprĂ©sentants des associations. « Tout le contenu du site sera balisĂ© par un comitĂ© Ă©ditorial dans lequel la FNAMOC aura toute sa place Â», prĂ©cise le Dr ThĂ©baut.\\

Janvier 2010
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L'édito

PR DANIEL THOMAS

Ce numĂ©ro de Profession Cardiologue revient sur les Ă©vĂ©nements mĂ©dicaux marquants et les temps forts de l’actualitĂ© socioprofessionnelle de l’annĂ©e 2010. CuvĂ©e trĂšs riche, tant en cardiologie interventionnelle qui...

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