Ce numéro de Profession Cardiologue revient sur les événements médicaux marquants et les temps forts de l’actualité socioprofessionnelle de l’année 2010. Cuvée très riche, tant en cardiologie interventionnelle qui...
A la une en cardiologie
CONTEXTE. Un peu partout dans l’hexagone, des collectivités locales, des entreprises ou encore des clubs sportifs se mobilisent pour installer des défibrillateurs et délivrer des formations aux gestes de premiers secours. Des initiatives certes bénéfiques, mais qui doivent se faire dans le respect d’un certain nombre de règles.
Raymond Domenech parviendra-t-il à qualifier l’équipe de France pour la Coupe du monde en 2010 en Afrique du Sud ? La question, aujourd’hui, divise les amateurs de football. Mais en attendant de leur donner une réponse, le sélectionneur des Bleus s’est lancé dans un autre défi, tout aussi ambitieux : l’installation de défibrillateurs dans les immeubles d’habitation. Raymond Domenech est en effet le parrain d’une initiative « Nous prenons notre rôle à coeur » lancée à Paris par une société de services immobiliers, Loiselet/Daigremont en lien avec deux associations, Voisins Solidaires et RMC/BFM.
Gestionnaire en tant que syndic de 1 000 immeubles et 100 000 appartements en région parisienne, cette société vient de lancer un programme d’installation de défibrillateurs dans les parties communes des immeubles. « Aujourd’hui, de nombreuses initiatives sont prises pour installer des défibrillateurs dans des lieux publics mais rien n’est fait pour les lieux privés alors qu’on sait que les ¾ des morts subites se produisent au domicile des personnes. C’est pour cette raison que nous avons décidé de nous engager », explique Philippe Loiselet, directeur général de l’entreprise. Pour démarrer, le choix a été fait de tester le programme dans le 15e arrondissement de Paris sur 120 immeubles et 100 000 logements. « Nous allons proposer aux co-propriétaires d’installer un ou plusieurs défibrillateurs entièrement automatiques, en fonction des besoins. Le financement des appareils sera assuré par ces co-propriétaires. Cela représentera une dépense qui varie selon la taille de l’immeuble, de 10 à 50 euros par logement, ce qui représente quelques euros par an compte tenu de la durée de vie des appareils. Ce montant reste très raisonnable au regard du service apporté », précise Philippe Loiselet.
Cette initiative le prouve : une prise de conscience s’est opérée en France face au problème de santé publique que constituent les décès par arrêt cardiaque subit. Un peu partout dans l’hexagone, des collectivités locales, des clubs sportifs ou des entreprises se mobilisent pour installer des défibrillateurs et délivrer des formations aux gestes de premiers secours. De l’avis général, le détonateur a été la sortie du décret du 4 mai 2007, qui a autorisé l’utilisation par le grand public des défibrillateurs automatisés externes (DAE). « La France est un pays où on attend toujours les textes officiels avant d’agir alors que, par exemple, à Londres, cela fait 10 ans que le métro de Londres est équipé en défibrillateurs. La publication de ce décret a donc été décisive pour qu’on puisse avancer », souligne le Dr Pascal Cassan, médecin conseiller national à la Croix- Rouge Française. « Nous nous sommes beaucoup battus pour obtenir la sortie de ce décret, qui a permis de lever de nombreux freins », confirme le Pr Etienne Aliot, chef du département de maladies cardiovasculaires du CHU de Nancy et responsable de la campagne des gestes de premiers secours à la Fédération française de cardiologie (FFC), l’opération « 1 vie = 3 gestes ».
En septembre dernier, la FFC s’est associée avec la Croix- Rouge française et le Samu de France pour une première : un appel aux Français pour qu’ils se forment aux premiers secours et aux collectivités locales pour qu’elles s’équipent en défibrillateurs. Tout en rappelant qu’aujourd’hui en France, on sauve moins de 3 % des victimes d’accidents cardiaques contre 30 % dans certains endroits aux États-Unis, les partenaires de cette opération se sont fixés comme objectif de parvenir à 10 % de vies sauvées d’ici à 2010.
Un message qui porte ses fruits. Deux ans après le décret, la FFC estime à 4 100 le nombre d’appareils déjà installés dans des lieux publics. Parmi les projets d’envergure qui ont vu le jour, on peut citer celui lancé dans l’Est de la France avec la constitution d’une association, « Grand Nancy Defi’b », présidée par le Pr Aliot. Cette association regroupe la communauté urbaine du Grand Nancy, les communes, le CHU de Nancy, la Croix-Rouge, les sapeurs-pompiers, la protection civile et le centre d’enseignement des soins d’urgence du CHU. L’association s’est fixée comme objectif de mettre en place environ 400 défibrillateurs dans un délai de trois ans. Mais l’originalité du projet réside surtout dans la constitution, autour des appareils, d’un réseau de sauveteurs volontaires de proximité (SVP). « Tant que nous ne serons pas arrivés à une situation optimale avec des défibrillateurs partout et une grande partie de la population formée, il est nécessaire de former un certain nombre de personnes susceptibles, en cas d’accident, d’intervenir en attendant les secours », explique le Pr Aliot.
Les SVP sont des agents de la fonction publique territoriale ou de simples citoyens volontaires pour s’engager dans cette démarche civique. « Prenons l’exemple d ’un accident cardiaque qui se produit à proximité de la mairie. Dès l’alerte, le Samu va se mettre en route mais aussi appeler un sauveteur de proximité, par exemple un employé municipal pour qu’il aille sur place avec un défibrillateur pour lancer la réanimation avant l’arrivée du Samu. Le but est d’ajouter un maillon dans la chaîne des secours », explique le Pr Aliot. À ce jour, environ 400 SVP ont été formés et l’objectif est d’en former au moins 3 000 supplémentaires dans les trois ans.
Suivant l’exemple des collectivités, des entreprises s’engagent à leur tour. C’est le cas par exemple du groupe Auchan qui a décidé d’installer des défibrillateurs dans ses 116 hypermarchés. « D’ores et déjà, 90 % des 2 400 agents de sécurité d’Auchan France et plus de 5 000 collaborateurs de l’entreprise sont titulaires du diplôme de Sauveteurs secouristes du travail (SST), qui comprend une formation au maniement des DAE », précisait en décembre dernier le groupe Auchan où l’on indique aujourd’hui que « 3 vies ont déjà pu être sauvées dans nos magasins grâce aux défibrillateurs ».
Les recommandations du conseil français de réanimation cardiopulmonaire
Mais si elle se généralise, l’implantation des défibrillateurs ne peut pas se faire sans respecter un certain nombre de règles. C’est ce qu’a tenu à rappeler le Conseil français de réanimation cardiopulmonaire (CFRC) dans des recommandations établies à la suite d’une conférence d’experts, coordonnée par le Pr Pierre Carli, le patron du Samu de Paris. Le CRFC préconise l’implantation dans des lieux où le manque d’accessibilité des secours impose un temps d’intervention prolongé (de l’ordre de 30 minutes), des points de passage fréquentés (gare, centre commercial, salle de spectacle…) ou des lieux où le risque de mort subite est plus important (maison de retraite, stade, équipements sportifs…).
Faut-il choisir un défibrillateur entièrement automatique plutôt que semi-automatique ? Le CRFC ne tranche pas la question, constatant qu’il n’existe aucune étude clinique démontrant la supériorité de l’utilisation d’un de ces matériels. « Plusieurs promoteurs de programmes ont préféré l’acquisition de défibrillateurs entièrement automatiques pour l’utilisation en “libre-service” et celle de semi-automatiques pour des intervenants ciblés. Ce choix repose sur des arguments essentiellement psychologiques. En effet, l’utilisation d’un appareil entièrement automatique supprime pour l’intervenant la nécessité, et donc le stress, de déclencher lui-même le choc. Ce stress, pouvant créer un doute dans l’esprit de l’intervenant, pourrait induire un retard au déclenchement du choc électrique », souligne le CFRC estimant que le choix de l’appareil doit être laissé aux promoteurs du programme.
Faut-il garder le bouche à bouche ?
Un autre débat a traversé au cours des derniers mois le monde de la défibrillation sur l’enseignement de la ventilation artificielle via le bouche à bouche dans les formations courtes destinées au grand public. « Un certain nombre de publications scientifiques récentes montrent que dans le cadre d’une réanimation courte, le bouche à bouche n’apporte pas grand-chose. Ensuite, si la réanimation doit se prolonger, la situation est différente et la ventilation artificielle peut avoir une grande utilité. Ce constat nous arrange, car dans les formations courtes sur les défibrillateurs, on se rend compte que le bouche à bouche suscite des réticences dans une partie du public et peut constituer un frein à l’action face à un accident », souligne le Pr Aliot. « Les recommandations en matière de réanimation sont révisées tous les cinq ans. Les prochaines devraient être diffusées en novembre 2010 par l’International liaison committee on resuscitation. Pour l’instant, il n’existe pas de recommandations scientifiques internationales sur l’arrêt du bouche à bouche. En revanche, il existe un sentiment très largement partagé que cela simplifierait les choses de supprimer l’enseignement du bouche à bouche dans les formations courtes, tout en le conservant bien sûr dans les formations plus longues de secourisme », explique le Dr Cassan, en reconnaissant lui aussi l’existence de réticences fortes dans la population face à un geste un peu « intime » comme le bouche à bouche.
Dans un souci d’efficacité, de nombreux spécialistes plaident, comme le CFRC, pour que la formation courte (moins de 1 h) se résume à trois actions : alerter les secours (15), réaliser des compressions thoraciques (massage cardiaque externe), mettre en place le défibrillateur et suivre les instructions de l’appareil jusqu’à l’arrivée des secours. Ce plaidoyer a été entendu par les ministères de la Santé et de l’Intérieur qui sont en cours de validation d’une formation courte, sans le bouche à bouche, mais reposant sur ces trois gestes : appeler, masser, défibriller. Trois gestes essentiels qui sont déjà au coeur des messages délivrés par la FFC à la population.\\
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