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Les cardiologues se mobilisent pour défendre leur retraite

A la une en cardiologie

Alors que la rĂ©forme de la retraite est sur les rails, certains professionnels tentent de s’opposer au report « aveugle » de l’ñge de la retraite ne tenant pas compte de la spĂ©cificitĂ© d’exercice de ceux qui sont chargĂ©s d’assurer la permanence des soins et pĂ©nalisant les carriĂšres courtes et les modes d’exercice Ă  temps partiel.

«Il est bien Ă©vident que nous suivons avec beaucoup d’attention le dĂ©bat sur la rĂ©forme des retraites. Il y a un risque, en effet, que cette rĂ©forme fasse perdurer une certaine injustice entre les cardiologues libĂ©raux et hospitaliers. Demain, les cardiologues libĂ©raux risquent de devoir travailler jusqu’à 67 ans pour obtenir une retraite Ă  taux plein »*, indique le Dr Yves Decalf, ancien prĂ©sident du Syndicat national des spĂ©cialistes des maladies du cƓur et des vaisseaux (SNSMCV), aujourd’hui membre du bureau du syndicat des cardiologues du Nord.

Les mĂ©decins, qui se font aujourd’hui le plus entendre sur cette rĂ©forme des retraites, sont les praticiens hospitaliers trĂšs concernĂ©s par la permanence des soins : anesthĂ©sistes-rĂ©animateurs, gynĂ©cologues-obstĂ©triciens, pĂ©diatres, urgentistes. Ces mĂ©decins rĂ©clament que la pĂ©nibilitĂ©, liĂ©e notamment au travail de nuit, soit pris en compte dans la fixation de l’ñge lĂ©gal de dĂ©part Ă  la retraite. « Mais cette question de la pĂ©nibilitĂ© ne concerne pas uniquement ces spĂ©cialitĂ©s, indique le Dr Decalf. Elle concerne aussi les cardiologues interventionnels que ce soit en rythmologie ou en coronarographie. Il y a aussi tous les cardiologues qui font des gardes en soins intensifs. Par exemple, j’ai 64 ans et je fais encore rĂ©guliĂšrement des gardes de nuit ou de week-ends dans ma clinique. Dans mon Ă©tablissement, nous sommes 15 cardiologues Ă  tourner sur les gardes. Mais dans d’autres structures, ils sont moins nombreux et ce n’est pas forcĂ©ment simple Ă  gĂ©rer ».

En dĂ©pit des protestations des syndicats de mĂ©decins hospitaliers, qui ont pris part aux manifestations des 7 et 23 septembre, le gouvernement a rĂ©ussi Ă  maintenir sa rĂ©forme sur les rails. Pour assurer la pĂ©rennitĂ© du systĂšme de retraite, menacĂ© par les dĂ©ficits (32,3 milliards d’euros en 2010, 45 milliards en 2020), la rĂ©forme prĂ©voit notamment de reporter l’ñge lĂ©gal de dĂ©part Ă  la retraite : aujourd’hui fixĂ© Ă  60 ans, il sera portĂ© progressivement Ă  62 ans en 2018. Il convient de prĂ©ciser qu’il s’agit d’un Ăąge d’ouverture des droits : il est aujourd’hui possible de partir en retraite Ă  60 ans (et demain 62 ans) sans avoir tous ses trimestres. Mais dans ce cas, la personne subit une rĂ©duction du montant de sa pension (dĂ©cote). Actuellement fixĂ© Ă  65 ans, l’ñge d’annulation de la dĂ©cote, permettant de partir avec une retraite Ă  taux plein, sera portĂ© Ă  66 ans en 2019 et 67 ans en 2023.

Aujourd’hui, l’ñge lĂ©gal de dĂ©part en retraite des mĂ©decins hospitaliers est toujours fixĂ© Ă  60 ans. La limite d’ñge statutaire est de 65 ans avec une possibilitĂ© de prolongation d’1 Ă  3 ans selon la situation de famille ou Ă  la demande de l’intĂ©ressĂ©. En pratique, les mĂ©decins hospitaliers prennent leur retraite en moyenne Ă  63,8 ans.

Tout au long de leur carriĂšre, ils cotisent Ă  deux rĂ©gimes de retraite : le rĂ©gime de base de la SĂ©curitĂ© sociale et le rĂ©gime complĂ©mentaire gĂ©rĂ© par la caisse de l’Institution de retraite complĂ©mentaire des agents non titulaires de l’État et des collectivitĂ©s publiques (Ircantec). Ce deuxiĂšme rĂ©gime reprĂ©sente environ 60 % de la retraite versĂ©e au mĂ©decin hospitalier aprĂšs sa cessation d’activitĂ©. « La retraite du rĂ©gime de base est limitĂ©e Ă  50 % du plafond de la SĂ©curitĂ© sociale. Aujourd’hui, pour un PH temps plein et ayant acquis tous ses droits, son montant est d’environ 1 300 euros par mois », prĂ©cise le Dr François Thuillier, en charge du dossier des retraites au sein de la Coordination mĂ©dicale hospitaliĂšre (CMH).

Quand Ă  l’Ircantec, il s’agit d’un rĂ©gime par points. Le montant des cotisations est variable selon le montant du salaire ⁠; « Il y a deux tranches : A et B. La tranche A correspond Ă  la partie du salaire infĂ©rieure au plafond de la SĂ©curitĂ© sociale (2 885 euros). Dans cette tranche, le mĂ©decin cotise Ă  hauteur de 5,63 %. La tranche B correspond Ă  la partie du salaire supĂ©rieure au plafond de la SĂ©curitĂ© sociale avec une cotisation de 17,5 % », explique le Dr Thuil⁠lier, en expliquant que c’est la cotisation, dans cette tranche B, qui rapporte le plus de points.

Ce systĂšme se rĂ©vĂšle dĂ©favorable pour les mĂ©decins ayant des rĂ©munĂ©rations peu Ă©levĂ©es ou pour ceux (en particulier les femmes) qui exercent Ă  temps partiel. « C’est effectivement dans la tranche B qu’on acquiert le plus de points d’Ircantec. Les personnes, Ă  temps partiel, cotisent surtout dans la tranche A sans qu’il y ait un systĂšme de proratisation. Par exemple, une femme qui travaille Ă  mi-temps pourrait a priori espĂ©rer obtenir 50 % de ses points Ircantec. Mais avec ce systĂšme, elle n’en acquiert qu’environ 30 % », prĂ©cise le Dr RaphaĂ«l Briot, membre du conseil d’administration du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthĂ©sistes-rĂ©animateurs Ă©largi (SNPHAR), syndicat trĂšs engagĂ© dans le combat contre la rĂ©forme des retraites.

Aujourd’hui, pour un PH temps plein, ayant tous ses droits, le montant de la retraite Ircantec, est d’environ 3 000 euros par mois, auxquels il faut donc ajouter la retraite de base. Le problĂšme est qu’une rĂ©forme de l’Ircantec, adoptĂ©e en 2008, a sĂ©rieusement « rabotĂ© » le rendement de ce rĂ©gime complĂ©mentaire. Pour comprendre, il convient de rappeler que ce rĂ©gime a vocation Ă  accueillir des agents non titulaires de l’État dans l’attente d’une titularisation. En trĂšs grande majoritĂ©, les cotisants (des Ă©lus, des vacataires
) ne sont que « de passage » et ne cotisent donc que durant quelques annĂ©es. Ce n’est pas le cas de mĂ©decins hospitaliers qui, eux cotisent Ă  l’Ircantec durant toute leur carriĂšre. En 2008, le gouvernement a adoptĂ© une rĂ©forme visant Ă  « sauver » ce rĂ©gime dont les dĂ©penses s’annonçaient supĂ©rieures aux recettes Ă  partir de 2015. Pour assurer la pĂ©rennitĂ© du rĂ©gime, il a pris plusieurs mesures drastiques. « Le rendement de l’Ircantec, actuellement de 12,1 %, a Ă©tĂ© fixĂ© Ă  7,75 % en 2015. La cotisation en tranche A passera de 5,63 % Ă  7 % en 2015 et la cotisation en tranche B passera de 17,5 % Ă  19,5 % », explique le Dr Thuillier. Les syndicats hospitaliers ont vite fait leurs comptes : ils se sont rendu compte que cette rĂ©forme allait entraĂźner, pour les jeunes mĂ©decins commençant Ă  cotiser aujourd’hui, une baisse d’environ 30 % du montant de la retraite. En juillet dernier, un accord a Ă©tĂ© finalement signĂ© entre le ministĂšre de la santĂ© et trois intersyndicats de praticiens hospitaliers et l’intersyndicat des internes. Cet accord prĂ©voit un ensemble de mesures, devant ĂȘtre appliquĂ©es d’ici 2017, pour un montant global de 80 millions d’euros. Ces mesures consistent en un Ă©largissement rapide (en une annĂ©e) et jusqu’à 70 % de l’assiette de cotisation sur les salaires de praticiens attachĂ©s et des praticiens Ă  temps partiel. Pour tous les mĂ©decins, le texte prĂ©voit l’intĂ©gration dans cette mĂȘme assiette de certaines primes et indemnitĂ©s : indemnitĂ© d’engagement de service public exclusif, indemnitĂ© d’activitĂ© sectorielle et de liaison, indemnitĂ© multi-Ă©tablissement, prime de chefs de pĂŽles, indemnitĂ© de fonction versĂ©e au prĂ©sident de la CME ainsi que la totalitĂ© des astreintes Ă  domicile.

Cet accord permet de compenser le manque Ă  gagner pour les futurs retraitĂ©s mais pas dans son intĂ©gralitĂ©. « Selon les chiffres du ministĂšre, pour un mĂ©decin qui dĂ©bute sa carriĂšre aujourd’hui, le montant de sa retraite sera infĂ©rieur de 18 % par rapport au montant versĂ© aujourd’hui pour un PH temps plein. La baisse sera de 22 % pour un PH temps plein avec une activitĂ© libĂ©rale, de 10 % pour un PH temps partiel et de 16 % pour un PH attachĂ© », dĂ©taille le Dr Thuillier.

La retraite des hospitalo-universitaires

Un autre problĂšme, non rĂ©solu, concerne la retraite des hospitalo-universitaires. « Ils ne cotisent vĂ©ritablement que sur la partie universitaire de leur activitĂ©. Sur la part hospitaliĂšre, ils ne cotisent que depuis peu et façon marginale. Le rĂ©sultat est qu’au au bout du compte, le montant moyen de leur retraite atteint seulement 30 % du montant de leurs revenus », indique le Pr Briot. « C’est une aberration complĂšte. Aujourd’hui, les PUPH sont des « vacataires de luxe » de l’hĂŽpital public », estime le Pr Jean-Philippe Metzger, 67 ans, consultant en cardiologie Ă  la PitiĂ©-SalpĂ©triĂšre Ă  Paris. « Cela fait des annĂ©es que nous dĂ©nonçons ce blocage juridique qui ne nous permet pas d’émarger Ă  deux postes diffĂ©rents dans la fonction publique. RĂ©sultat, on ne perçoit en retraite que les trois-quarts de la moitiĂ© de nos Ă©moluments », ajoute-t-il. Comme un certain nombre de ses collĂšgues, le Pr Metzger a certes pu cotiser Ă  la Caisse autonome de retraite des mĂ©decins de France (Carmf) sur la partie libĂ©rale de son activitĂ© hospitaliĂšre. « Mais j’ai Ă©tĂ© un peu lĂ©sĂ© au dĂ©but de ma carriĂšre hospitalo-universitaire. En effet, je suis devenu PUPH en 1981, l’annĂ©e bien sĂ»r de l’élection de François Mitterrand qui a dĂ©cidĂ© de supprimer l’activitĂ© libĂ©rale Ă  l’hĂŽpital pour tous les nouveaux PUPH. J’ai donc dĂ» attendre 8 ans et le rĂ©tablissement de l’activitĂ© libĂ©rale pour tout le monde par Jacques Chirac », se souvient le Pr Metzger. Ce systĂšme crĂ©e une disparitĂ© entre les spĂ©cialitĂ©s mĂ©dicales. « Certaines disciplines, telles que la cardiologie, la chirurgie ou l’urologie se prĂȘtent bien Ă  un exercice libĂ©ral Ă  l’hĂŽpital. C’est moins le cas pour d’autres spĂ©cialitĂ©s comme la diabĂ©tologie ou l’hĂ©matologie. (...) Aujourd’hui, pour ne pas ĂȘtre trop pĂ©nalisĂ©s, beaucoup de PUPH, comme moi, choisissent de rester travailler 3 annĂ©es supplĂ©mentaires, jusqu’à 68 ans, comme consultant », explique-t-il.

Le cas des cardiologues libéraux

Les spĂ©cialistes libĂ©raux, dont l’ñge lĂ©gal de dĂ©part en retraite est dĂ©jĂ  fixĂ© Ă  65 ans, sont moins directement concernĂ©s par la rĂ©forme. « Il faut quand mĂȘme tenir compte du fait qu’un certain nombre de mĂ©decins choisissent de cesser leur activitĂ© Ă  partir de 60 ans. Dans ce cas, ils subissent une dĂ©cote de 5 % par an sur le ComplĂ©mentaire et l’ASV, et suivant le nombre de trimestres cotisĂ©s Ă©ventuellement sur le rĂ©gime de base. Avec cette rĂ©forme, on peut penser que le seuil passera de 60 Ă  62 ans. Et il faudra attendre 67 ans pour pouvoir toucher sa retraite Ă  taux plein »*, indique le Dr GĂ©rard Maudrux, prĂ©sident de la Carmf. Aujourd’hui, les mĂ©decins libĂ©raux partent en moyenne en retraite autour de 65,5 ans. Selon les derniers chiffres de la CARMF, le montant moyen de leur retraite mensuelle s’élĂšve Ă  2 569,24 euros. Durant leur carriĂšre, les mĂ©decins libĂ©raux cotisent Ă  trois rĂ©gimes diffĂ©rents : le rĂ©gime de base (qui reprĂ©sente 19 % du montant de la retraite), le rĂ©gime complĂ©mentaire-Carmf (42 %) et le rĂ©gime ASV-Allocation supplĂ©mentaire vieillesse (39 %), un rĂ©gime « conventionnel » gĂ©rĂ© par l’État. « Le premier de ces rĂ©gimes, celui de base, est identique Ă  celui des salariĂ©s. Une fois que le mĂ©decin a acquis tous ses trimestres nĂ©cessaires, il peut partir avec une retraite Ă  taux plein (voire avec surcote sur ce seul rĂ©gime) que ce soit Ă  60, 61 ou 62 ans, explique le Dr Decalf. C’est diffĂ©rent pour les deux autres rĂ©gimes, le ComplĂ©mentaire Carmf et l’ASV. Ce sont des rĂ©gimes qui ne fonctionnent pas avec le systĂšme de trimestres. Pour avoir sa retraite Ă  taux plein, il faut obligatoirement aller jusqu’à 65 ans aujourd’hui, et demain, peut-ĂȘtre, 67 ans*. Vous pouvez certes partir avant mais avec une dĂ©cote de 5 % par an. Si vous prenez votre retraite Ă  60 ans, vous avez, tant sur la Carmf (ComplĂ©mentaire) que sur l’ASV, une dĂ©cote de 25 %. À 62, c’est 15 % de montant en moins ».

Aujourd’hui, ce systĂšme « un peu injuste par rapport aux mĂ©decins salariĂ©s » est plus ou moins acceptĂ© par les libĂ©raux qui travaillent en majoritĂ© jusqu’à 65 ans. « Mais demain, si on oblige les mĂ©decins libĂ©raux Ă  aller jusqu’à 67 ans, cela risque d’ĂȘtre diffĂ©rents.* On va renforcer cette injustice. Obliger un cardiologue Ă  faire des gardes de soins intensifs Ă  67 ans, ce n’est pas Ă©vident », estime le Dr Decalf. Pour la CSMF, le principal syndicat de mĂ©decins libĂ©raux (dont le Dr Decalf a assurĂ© la vice-prĂ©sidence par le passĂ©), ce report de deux ans pĂ©naliserait « une profession Ă  qui la sociĂ©tĂ© et les pouvoirs publics demandent toujours plus ».\\

* Au moment de boucler ce dossier, une incertitude rĂ©gnait sur l'Ăąge du dĂ©part Ă  la retraite des mĂ©decins libĂ©raux, le sĂ©nat ayant supprimĂ© l'article prĂ©voyant qu’ils ne pourraient bĂ©nĂ©ficier du rĂ©gime de l'ASV avant 67 ans. Mais cette suppression n'Ă©tait pas dĂ©finitive, la commission mixte paritaire (AssemblĂ©e nationale et SĂ©nat) devant encore se prononcer.

 

octobre 2010
DOSSIER RÉALISÉ PAR ANTOINE DALAT

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L'édito

PR DANIEL THOMAS

Ce numĂ©ro de Profession Cardiologue revient sur les Ă©vĂ©nements mĂ©dicaux marquants et les temps forts de l’actualitĂ© socioprofessionnelle de l’annĂ©e 2010. CuvĂ©e trĂšs riche, tant en cardiologie interventionnelle qui...

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