Ce numĂ©ro de Profession Cardiologue revient sur les Ă©vĂ©nements mĂ©dicaux marquants et les temps forts de lâactualitĂ© socioprofessionnelle de lâannĂ©e 2010. CuvĂ©e trĂšs riche, tant en cardiologie interventionnelle qui...
A la une en cardiologie
«Il est bien Ă©vident que nous suivons avec beaucoup dâattention le dĂ©bat sur la rĂ©forme des retraites. Il y a un risque, en effet, que cette rĂ©forme fasse perdurer une certaine injustice entre les cardiologues libĂ©raux et hospitaliers. Demain, les cardiologues libĂ©raux risquent de devoir travailler jusquâĂ 67 ans pour obtenir une retraite Ă taux plein »*, indique le Dr Yves Decalf, ancien prĂ©sident du Syndicat national des spĂ©cialistes des maladies du cĆur et des vaisseaux (SNSMCV), aujourdâhui membre du bureau du syndicat des cardiologues du Nord.
Les mĂ©decins, qui se font aujourdâhui le plus entendre sur cette rĂ©forme des retraites, sont les praticiens hospitaliers trĂšs concernĂ©s par la permanence des soins : anesthĂ©sistes-rĂ©animateurs, gynĂ©cologues-obstĂ©triciens, pĂ©diatres, urgentistes. Ces mĂ©decins rĂ©clament que la pĂ©nibilitĂ©, liĂ©e notamment au travail de nuit, soit pris en compte dans la fixation de lâĂąge lĂ©gal de dĂ©part Ă la retraite. « Mais cette question de la pĂ©nibilitĂ© ne concerne pas uniquement ces spĂ©cialitĂ©s, indique le Dr Decalf. Elle concerne aussi les cardiologues interventionnels que ce soit en rythmologie ou en coronarographie. Il y a aussi tous les cardiologues qui font des gardes en soins intensifs. Par exemple, jâai 64 ans et je fais encore rĂ©guliĂšrement des gardes de nuit ou de week-ends dans ma clinique. Dans mon Ă©tablissement, nous sommes 15 cardiologues Ă tourner sur les gardes. Mais dans dâautres structures, ils sont moins nombreux et ce nâest pas forcĂ©ment simple Ă gĂ©rer ».
En dĂ©pit des protestations des syndicats de mĂ©decins hospitaliers, qui ont pris part aux manifestations des 7 et 23 septembre, le gouvernement a rĂ©ussi Ă maintenir sa rĂ©forme sur les rails. Pour assurer la pĂ©rennitĂ© du systĂšme de retraite, menacĂ© par les dĂ©ficits (32,3 milliards dâeuros en 2010, 45 milliards en 2020), la rĂ©forme prĂ©voit notamment de reporter lâĂąge lĂ©gal de dĂ©part Ă la retraite : aujourdâhui fixĂ© Ă 60 ans, il sera portĂ© progressivement Ă 62 ans en 2018. Il convient de prĂ©ciser quâil sâagit dâun Ăąge dâouverture des droits : il est aujourdâhui possible de partir en retraite Ă 60 ans (et demain 62 ans) sans avoir tous ses trimestres. Mais dans ce cas, la personne subit une rĂ©duction du montant de sa pension (dĂ©cote). Actuellement fixĂ© Ă 65 ans, lâĂąge dâannulation de la dĂ©cote, permettant de partir avec une retraite Ă taux plein, sera portĂ© Ă 66 ans en 2019 et 67 ans en 2023.
Aujourdâhui, lâĂąge lĂ©gal de dĂ©part en retraite des mĂ©decins hospitaliers est toujours fixĂ© Ă 60 ans. La limite dâĂąge statutaire est de 65 ans avec une possibilitĂ© de prolongation dâ1 Ă 3 ans selon la situation de famille ou Ă la demande de lâintĂ©ressĂ©. En pratique, les mĂ©decins hospitaliers prennent leur retraite en moyenne Ă 63,8 ans.
Tout au long de leur carriĂšre, ils cotisent Ă deux rĂ©gimes de retraite : le rĂ©gime de base de la SĂ©curitĂ© sociale et le rĂ©gime complĂ©mentaire gĂ©rĂ© par la caisse de lâInstitution de retraite complĂ©mentaire des agents non titulaires de lâĂtat et des collectivitĂ©s publiques (Ircantec). Ce deuxiĂšme rĂ©gime reprĂ©sente environ 60 % de la retraite versĂ©e au mĂ©decin hospitalier aprĂšs sa cessation dâactivitĂ©. « La retraite du rĂ©gime de base est limitĂ©e Ă 50 % du plafond de la SĂ©curitĂ© sociale. Aujourdâhui, pour un PH temps plein et ayant acquis tous ses droits, son montant est dâenviron 1 300 euros par mois », prĂ©cise le Dr François Thuillier, en charge du dossier des retraites au sein de la Coordination mĂ©dicale hospitaliĂšre (CMH).
Quand Ă lâIrcantec, il sâagit dâun rĂ©gime par points. Le montant des cotisations est variable selon le montant du salaire â ; « Il y a deux tranches : A et B. La tranche A correspond Ă la partie du salaire infĂ©rieure au plafond de la SĂ©curitĂ© sociale (2 885 euros). Dans cette tranche, le mĂ©decin cotise Ă hauteur de 5,63 %. La tranche B correspond Ă la partie du salaire supĂ©rieure au plafond de la SĂ©curitĂ© sociale avec une cotisation de 17,5 % », explique le Dr Thuilâ lier, en expliquant que câest la cotisation, dans cette tranche B, qui rapporte le plus de points.
Ce systĂšme se rĂ©vĂšle dĂ©favorable pour les mĂ©decins ayant des rĂ©munĂ©rations peu Ă©levĂ©es ou pour ceux (en particulier les femmes) qui exercent Ă temps partiel. « Câest effectivement dans la tranche B quâon acquiert le plus de points dâIrcantec. Les personnes, Ă temps partiel, cotisent surtout dans la tranche A sans quâil y ait un systĂšme de proratisation. Par exemple, une femme qui travaille Ă mi-temps pourrait a priori espĂ©rer obtenir 50 % de ses points Ircantec. Mais avec ce systĂšme, elle nâen acquiert quâenviron 30 % », prĂ©cise le Dr RaphaĂ«l Briot, membre du conseil dâadministration du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthĂ©sistes-rĂ©animateurs Ă©largi (SNPHAR), syndicat trĂšs engagĂ© dans le combat contre la rĂ©forme des retraites.
Aujourdâhui, pour un PH temps plein, ayant tous ses droits, le montant de la retraite Ircantec, est dâenviron 3 000 euros par mois, auxquels il faut donc ajouter la retraite de base. Le problĂšme est quâune rĂ©forme de lâIrcantec, adoptĂ©e en 2008, a sĂ©rieusement « rabotĂ© » le rendement de ce rĂ©gime complĂ©mentaire. Pour comprendre, il convient de rappeler que ce rĂ©gime a vocation Ă accueillir des agents non titulaires de lâĂtat dans lâattente dâune titularisation. En trĂšs grande majoritĂ©, les cotisants (des Ă©lus, des vacatairesâŠ) ne sont que « de passage » et ne cotisent donc que durant quelques annĂ©es. Ce nâest pas le cas de mĂ©decins hospitaliers qui, eux cotisent Ă lâIrcantec durant toute leur carriĂšre. En 2008, le gouvernement a adoptĂ© une rĂ©forme visant à « sauver » ce rĂ©gime dont les dĂ©penses sâannonçaient supĂ©rieures aux recettes Ă partir de 2015. Pour assurer la pĂ©rennitĂ© du rĂ©gime, il a pris plusieurs mesures drastiques. « Le rendement de lâIrcantec, actuellement de 12,1 %, a Ă©tĂ© fixĂ© Ă 7,75 % en 2015. La cotisation en tranche A passera de 5,63 % Ă 7 % en 2015 et la cotisation en tranche B passera de 17,5 % Ă 19,5 % », explique le DrâThuillier. Les syndicats hospitaliers ont vite fait leurs comptes : ils se sont rendu compte que cette rĂ©forme allait entraĂźner, pour les jeunes mĂ©decins commençant Ă cotiser aujourdâhui, une baisse dâenviron 30 % du montant de la retraite. En juillet dernier, un accord a Ă©tĂ© finalement signĂ© entre le ministĂšre de la santĂ© et trois intersyndicats de praticiens hospitaliers et lâintersyndicat des internes. Cet accord prĂ©voit un ensemble de mesures, devant ĂȘtre appliquĂ©es dâici 2017, pour un montant global de 80 millions dâeuros. Ces mesures consistent en un Ă©largissement rapide (en une annĂ©e) et jusquâĂ 70 % de lâassiette de cotisation sur les salaires de praticiens attachĂ©s et des praticiens Ă temps partiel. Pour tous les mĂ©decins, le texte prĂ©voit lâintĂ©gration dans cette mĂȘme assiette de certaines primes et indemnitĂ©s : indemnitĂ© dâengagement de service public exclusif, indemnitĂ© dâactivitĂ© sectorielle et de liaison, indemnitĂ© multi-Ă©tablissement, prime de chefs de pĂŽles, indemnitĂ© de fonction versĂ©e au prĂ©sident de la CME ainsi que la totalitĂ© des astreintes Ă domicile.
Cet accord permet de compenser le manque Ă gagner pour les futurs retraitĂ©s mais pas dans son intĂ©gralitĂ©. « Selon les chiffres du ministĂšre, pour un mĂ©decin qui dĂ©bute sa carriĂšre aujourdâhui, le montant de sa retraite sera infĂ©rieur de 18 % par rapport au montant versĂ© aujourdâhui pour un PH temps plein. La baisse sera de 22 % pour un PH temps plein avec une activitĂ© libĂ©rale, de 10 % pour un PH temps partiel et de 16 % pour un PH attachĂ© », dĂ©taille le Dr Thuillier.
La retraite des hospitalo-universitaires
Un autre problĂšme, non rĂ©solu, concerne la retraite des hospitalo-universitaires. « Ils ne cotisent vĂ©ritablement que sur la partie universitaire de leur activitĂ©. Sur la part hospitaliĂšre, ils ne cotisent que depuis peu et façon marginale. Le rĂ©sultat est quâau au bout du compte, le montant moyen de leur retraite atteint seulement 30 % du montant de leurs revenus », indique le Pr Briot. « Câest une aberration complĂšte. Aujourdâhui, les PUPH sont des « vacataires de luxe » de lâhĂŽpital public », estime le Pr Jean-Philippe Metzger, 67 ans, consultant en cardiologie Ă la PitiĂ©-SalpĂ©triĂšre Ă Paris. « Cela fait des annĂ©es que nous dĂ©nonçons ce blocage juridique qui ne nous permet pas dâĂ©marger Ă deux postes diffĂ©rents dans la fonction publique. RĂ©sultat, on ne perçoit en retraite que les trois-quarts de la moitiĂ© de nos Ă©moluments », ajoute-t-il. Comme un certain nombre de ses collĂšgues, le Pr Metzger a certes pu cotiser Ă la Caisse autonome de retraite des mĂ©decins de France (Carmf) sur la partie libĂ©rale de son activitĂ© hospitaliĂšre. « Mais jâai Ă©tĂ© un peu lĂ©sĂ© au dĂ©but de ma carriĂšre hospitalo-universitaire. En effet, je suis devenu PUPH en 1981, lâannĂ©e bien sĂ»r de lâĂ©lection de François Mitterrand qui a dĂ©cidĂ© de supprimer lâactivitĂ© libĂ©rale Ă lâhĂŽpital pour tous les nouveaux PUPH. Jâai donc dĂ» attendre 8 ans et le rĂ©tablissement de lâactivitĂ© libĂ©rale pour tout le monde par Jacques Chirac », se souvient le Pr Metzger. Ce systĂšme crĂ©e une disparitĂ© entre les spĂ©cialitĂ©s mĂ©dicales. « Certaines disciplines, telles que la cardiologie, la chirurgie ou lâurologie se prĂȘtent bien Ă un exercice libĂ©ral Ă lâhĂŽpital. Câest moins le cas pour dâautres spĂ©cialitĂ©s comme la diabĂ©tologie ou lâhĂ©matologie. (...) Aujourdâhui, pour ne pas ĂȘtre trop pĂ©nalisĂ©s, beaucoup de PUPH, comme moi, choisissent de rester travailler 3 annĂ©es supplĂ©mentaires, jusquâĂ 68 ans, comme consultant », explique-t-il.
Le cas des cardiologues libéraux
Les spĂ©cialistes libĂ©raux, dont lâĂąge lĂ©gal de dĂ©part en retraite est dĂ©jĂ fixĂ© Ă 65 ans, sont moins directement concernĂ©s par la rĂ©forme. « Il faut quand mĂȘme tenir compte du fait quâun certain nombre de mĂ©decins choisissent de cesser leur activitĂ© Ă partir de 60 ans. Dans ce cas, ils subissent une dĂ©cote de 5 % par an sur le ComplĂ©mentaire et lâASV, et suivant le nombre de trimestres cotisĂ©s Ă©ventuellement sur le rĂ©gime de base. Avec cette rĂ©forme, on peut penser que le seuil passera de 60 Ă 62 ans. Et il faudra attendre 67 ans pour pouvoir toucher sa retraite Ă taux plein »*, indique le Dr GĂ©rard Maudrux, prĂ©sident de la Carmf. Aujourdâhui, les mĂ©decins libĂ©raux partent en moyenne en retraite autour de 65,5 ans. Selon les derniers chiffres de la CARMF, le montant moyen de leur retraite mensuelle sâĂ©lĂšve Ă 2 569,24 euros. Durant leur carriĂšre, les mĂ©decins libĂ©raux cotisent Ă trois rĂ©gimes diffĂ©rents : le rĂ©gime de base (qui reprĂ©sente 19 % du montant de la retraite), le rĂ©gime complĂ©mentaire-Carmf (42 %) et le rĂ©gime ASV-Allocation supplĂ©mentaire vieillesse (39 %), un rĂ©gime « conventionnel » gĂ©rĂ© par lâĂtat. « Le premier de ces rĂ©gimes, celui de base, est identique Ă celui des salariĂ©s. Une fois que le mĂ©decin a acquis tous ses trimestres nĂ©cessaires, il peut partir avec une retraite Ă taux plein (voire avec surcote sur ce seul rĂ©gime) que ce soit Ă 60, 61 ou 62 ans, explique le Dr Decalf. Câest diffĂ©rent pour les deux autres rĂ©gimes, le ComplĂ©mentaire Carmf et lâASV. Ce sont des rĂ©gimes qui ne fonctionnent pas avec le systĂšme de trimestres. Pour avoir sa retraite Ă taux plein, il faut obligatoirement aller jusquâĂ 65 ans aujourdâhui, et demain, peut-ĂȘtre, 67 ans*. Vous pouvez certes partir avant mais avec une dĂ©cote de 5 % par an. Si vous prenez votre retraite Ă 60 ans, vous avez, tant sur la Carmf (ComplĂ©mentaire) que sur lâASV, une dĂ©cote de 25 %. Ă 62, câest 15 % de montant en moins ».
Aujourdâhui, ce systĂšme « un peu injuste par rapport aux mĂ©decins salariĂ©s » est plus ou moins acceptĂ© par les libĂ©raux qui travaillent en majoritĂ© jusquâĂ 65 ans. « Mais demain, si on oblige les mĂ©decins libĂ©raux Ă aller jusquâĂ 67 ans, cela risque dâĂȘtre diffĂ©rents.* On va renforcer cette injustice. Obliger un cardiologue Ă faire des gardes de soins intensifs Ă 67 ans, ce nâest pas Ă©vident », estime le Dr Decalf. Pour la CSMF, le principal syndicat de mĂ©decins libĂ©raux (dont le Dr Decalf a assurĂ© la vice-prĂ©sidence par le passĂ©), ce report de deux ans pĂ©naliserait « une profession Ă qui la sociĂ©tĂ© et les pouvoirs publics demandent toujours plus ».\\
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