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Stockage de sang de cordon : pour ou contre des banques privées

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CONTEXTE. La proposition de loi d’un député visant à autoriser, à l’occasion de la révision des lois de bioéthique, la conservation des cellules souches hématopoïétiques ombilicales à des fins autologues par des banques privées suscite de vives réactions.

Faut-il autoriser en France des banques privĂ©es de sang de cordon Ă  visĂ©e autologue ? La question suscite un large dĂ©bat parmi les professionnels de la naissance. Ce dĂ©bat a Ă©tĂ© lancĂ© par le dĂ©pĂ´t, en novembre, d’une proposition de loi du dĂ©putĂ© UMP (Territoire de Belfort), Damien Meslot. « Les parents, qui le souhaitent, ne peuvent actuellement faire prĂ©lever et conserver en France le sang du cordon ombilical de leur enfant en vue d’une Ă©ventuelle utilisation ultĂ©rieure Ă  son bĂ©nĂ©fice ou celui d’un tiers Â», Ă©crit le parlementaire, en prĂ©ambule de sa proposition de loi qui vise d’abord Ă  instituer une information systĂ©matique des femmes enceintes de l’existence de cellules souches dans le sang de cordon et de la possibilitĂ© de conserver celui-ci. Mais l’objectif est surtout d’obtenir l’autorisation de crĂ©er des banques privĂ©es permettant aux parents, moyennant finance (voir vignette p.5), de conserver le sang de cordon de leur enfant pour une Ă©ventuelle utilisation thĂ©rapeutique future.
Pour l’instant, il est difficile de savoir si cette proposition de loi sera discutée et quand (lire interview “ 3 questions à ”).
Mais d’ores et dĂ©jĂ , le texte suscite de vives rĂ©actions. « Cette proposition ne sert aucun intĂ©rĂŞt thĂ©rapeutique et va Ă  l’encontre des principes de solidaritĂ© et d’égalitĂ© d’accès jusqu’à alors dĂ©fendus par les lois de bioĂ©thique. Elle fait courir le risque d’une vraie dĂ©rive mercantiliste Â», affirme, dans un communiquĂ© commun, le Collège national des gynĂ©cologues et obstĂ©triciens français (CNGOF) et le Collège national des sages-femmes (CNSF).
En matière de greffe de sang de cordon, notre pays a joué un rôle précurseur. C’est en effet un médecin français, le professeur Eliane Gluckman (hôpital Saint-Louis, Paris) qui a réalisé en 1988 la première greffe mondiale de sang de cordon chez un petit garçon atteint d’une maladie de Fanconi. L’enfant avait alors pu être soigné avec des cellules souches du sang de cordon prélevé à la naissance de sa petite sœur.
Depuis cette première, on estime que plus de 20 000 transplantations de sang de cordon ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es Ă  travers le monde pour traiter des hĂ©mopathies, principalement des leucĂ©mies, des lymphomes, des maladies myĂ©lo-prolifĂ©ratives, des maladies gĂ©nĂ©tiques ou des dĂ©ficiences immunitaires. Une autre perspective thĂ©rapeutique Ă  court terme est d’utiliser ces cellules souches pour traiter les grands brĂ»lĂ©s. Ă€ moyen ou long-terme, l’espoir est de dĂ©velopper, Ă  partir des cellules extraites du sang de cordon, des thĂ©rapies « rĂ©gĂ©nĂ©ratrices Â» par exemple pour le muscle cardiaque, la rĂ©tine ou les neurones.
Au cours des annĂ©es 1990, la plupart des pays dĂ©veloppĂ©s ont commencĂ© Ă  constituer des banques publiques de sang de cordon Ă  partir de dons gratuits et anonymes. En 2008, le RĂ©seau français de sang placentaire comptait huit maternitĂ©s collectrices de sang de cordon et trois banques publiques chargĂ©es du stockage. Ce chiffre a doublĂ© en 2009 avec 17 maternitĂ©s collectrices et 7 banques de stockage, et devrait encore doubler en 2010, avec trois nouvelles banques et une trentaine de maternitĂ©s autorisĂ©es Ă  prĂ©lever. En 2008, 385 unitĂ©s de sang de cordon ont Ă©tĂ© transplantĂ©es Ă  246 patients en France. En dĂ©cembre 2009, 8 200 unitĂ©s de sang de cordon Ă©taient disponibles sur le territoire français. Selon un rapport de novembre 2008 de la sĂ©natrice Marie-ThĂ©rèse Hermange, alors que le nombre d’unitĂ©s Ă©tait d’environ 7 000 en 2008, la France se situait au seizième rang mondial en termes de nombre d’unitĂ©s disponibles par habitant. Ce rapport estimait qu’il serait souhaitable, pour rĂ©pondre aux besoins thĂ©rapeutiques, d’atteindre un objectif moyen de 50 000 unitĂ©s stockĂ©es en France.
Pour l’instant, les autoritĂ©s sanitaires se sont fixĂ©es comme objectif d’atteindre 30 000 greffes de sang de cordon d’ici 2013. En attendant, pour faire face Ă  ses besoins intĂ©rieurs, la France est obligĂ©e de se tourner vers l’étranger, comme la plupart des autres pays dans le monde. En 2008, elle a importĂ© 2/3 des greffons transplantĂ©s de banques Ă©trangères mais a aussi Ă©tĂ© le troisième exportateur ; ces Ă©changes internationaux Ă©tant nĂ©cessaires pour des problèmes de compatibilitĂ© tissulaire. « Le taux de dĂ©pendance de la France Ă©tait en 2007 de 64 % ce qui, avec un coĂ»t moyen important de 18 000 euros, a entraĂ®nĂ© un dĂ©ficit de 3,6 millions d’euros pris en charge par l’Assurance-maladie Â», souligne le rapport Hermange.
Jusqu’à prĂ©sent, la France s’est toujours refusĂ©e, contrairement Ă  d’autres pays europĂ©ens (Angleterre, Suisse, Espagne…) Ă  autoriser les banques commerciales de sang de cordon. Dans un avis rendu en 2002, le ComitĂ© national d’éthique s’y Ă©tait opposĂ©, s’inquiĂ©tant d’une « vision excessivement utilitariste, utopiste et commerciale de la conservation Â» du sang placentaire. Le rapport Hermange, lui, ne fermait pas complètement la porte Ă  cette option. « Le rejet total des banques privĂ©es ne peut ĂŞtre une solution durable : elles sont en effet susceptibles d’apporter un complĂ©ment utile aux banques publiques Â», soulignait-il.
Alors que les lois de bioĂ©thiques doivent ĂŞtre rĂ©visĂ©es en 2010, le dĂ©bat sur les banques privĂ©es Ă  visĂ©e autologue vient donc d’être relancĂ© avec la proposition de loi du dĂ©putĂ© Damien Meslot, soutenu dans cette dĂ©marche par le Dr Georges-Fabrice Blum, vice-prĂ©sident du CNGOF et chef de service de gynĂ©cologie-obstĂ©trique Ă  la clinique du Diaconnat Ă  Mulhouse. « Je me suis intĂ©ressĂ© Ă  cette question après avoir reçu plusieurs demandes de familles françaises. Des chercheurs travaillant en Suisse dans l’industrie pharmaceutique souhaitaient faire un prĂ©lèvement de sang de cordon pour stocker des cellules souches de leur enfant Â», explique le Dr Blum qui souhaite promouvoir, en complĂ©ment des banques publiques, la crĂ©ation de « banques solidaires privĂ©es Ă  disponibilitĂ© publique Â». « Le principe serait de donner la possibilitĂ© Ă  des parents de conserver, moyennant une somme de 1900 euros pour 20 ans, soit 25 centimes par jour, le sang de cordon de leur enfant qui pourrait se rĂ©vĂ©ler fort utile si, un jour, cet enfant venait Ă  dĂ©velopper une maladie du sang pouvant ĂŞtre traitĂ©e de façon autologue, poursuit le Dr Blum. Mais ces banques privĂ©es auraient une vision solidaire. Si un jour, on se rendait compte que tel  sang de cordon est nĂ©cessaire pour traiter un autre malade en France, les parents auraient la possibilitĂ© d’en faire don. Dans ce cas, ils seraient intĂ©gralement remboursĂ©s Â». Pour les parents dĂ©sireux de garder le sang de cordon de leur enfant mais n’ayant pas les moyens de payer le stockage, le Dr Blum plaide en faveur de la crĂ©ation de fondations qui rendraient possible cette solidaritĂ©. « Il faudrait aussi que les banques privĂ©es rĂ©pondent Ă  des critères de qualitĂ© irrĂ©prochables et soient obligatoirement accolĂ©es Ă  des centres de recherche, qui seraient utiles Ă  la collectivitĂ© Â», ajoute le Pr Blum.
Pour rĂ©diger sa proposition de loi, Damien Meslot s’est rapprochĂ© de Nico Forraz, vice-prĂ©sident de l’Institut de recherche cellulaire de Lyon et directeur du laboratoire Cryo-Save France. Cette sociĂ©tĂ©, dont le siège se situe aux Pays-Bas, a Ă©tĂ© fondĂ©e en 2000 et est implantĂ©e dans 38 pays, dont la Suisse et la Belgique oĂą des parents français peuvent stocker le sang de cordon de leur enfant pour environ 2 000 â‚¬ (voir vignette). « Nous sommes en cours d’implantation en France. Nous avons dĂ©posĂ© en mai un dossier d’autorisation Ă  l’Afssaps, qui est en cours de traitement Â», indique Nico Forraz, qui espère donc un changement de lĂ©gislation en France pour autoriser les banques privĂ©es.
Le problème est que cette perspective suscite une large levĂ©e de boucliers, notamment de la part du CNGOF. « Nous ne pouvons que nous opposer Ă  la crĂ©ation de ces banques privĂ©es Ă  but lucratif Â», fait valoir son prĂ©sident, le professeur Jacques Lansac. « En dĂ©livrant une information biaisĂ©e aux parents, ces banques privĂ©es leur font miroiter de fausses promesses, en leur faisant croire qu’il serait possible, Ă  partir de cellules souches du sang de cordon autologue, de rĂ©gĂ©nĂ©rer des tissus, pour rĂ©parer un organe dĂ©faillant. Or, cet argument ne repose sur aucune base scientifique solide. Les cellules souches, qui pourraient avoir un intĂ©rĂŞt pour cette mĂ©decine rĂ©gĂ©nĂ©rative, ne sont souvent que peu ou pas prĂ©sentes dans le sang de cordon et les banques publiques ne conservent que 30 % des sangs de cordon prĂ©levĂ©s pour avoir des prĂ©lèvements de qualitĂ©. Â», ajoute le prĂ©sident du CNGOF. « Moi aussi, je suis contre cette dĂ©marche mercantile de banques privĂ©es qui essaient de s’installer en France alors que nous assistons Ă  un mouvement visant Ă  accĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement des banques publiques qui doivent, Ă  terme, nous permettre de faire face Ă  la demande Â», ajoute de son cĂ´tĂ© le Pr Robert Maillet, chef de service de la maternitĂ© de Besançon, une des premières maternitĂ©s collectrices de sang de cordon.
Une position partagĂ©e par la SociĂ©tĂ© française de greffe de moelle et de thĂ©rapie cellulaire et de la SociĂ©tĂ© française de d’hĂ©matologie. « Du strict point de vue mĂ©dical et scientifique, l’utilisation autologue, c’est-Ă -dire pour le donneur lui-mĂŞme, est pour l’heure totalement inutile et rien ne laisse penser que cela pourrait changer dans un futur mĂŞme lointain. Pour traiter une leucĂ©mie, cela n’est d’aucune utilitĂ©, les cellules conservĂ©es Ă©tant susceptibles de prĂ©senter la maladie que l’on veut traiter que l’on rĂ©inoculerait au patient en pensant le guĂ©rir ! De plus, qu’elles contiennent ou non la maladie, elles ne contiennent pas les Ă©lĂ©ments immunitaires capables de vaincre la maladie. C’est quand les cellules greffĂ©es viennent d’un donneur diffĂ©rent que cela peut se produire Â», affirment dans un communiquĂ© les deux sociĂ©tĂ©s savantes.
De son cĂ´tĂ©, Nico Forraz souligne que l’utilisation autologue du sang de cordon n’est certes pas la « norme Â» en hĂ©matologie. « Mais on peut quand mĂŞme prĂ©ciser que plusieurs centaines de patients ont Ă©tĂ© traitĂ©s avec leur propre sang de cordon pour certaines anĂ©mies ou reconstruction de la moelle suite Ă  un traitement contre un neuroblastome ou un rĂ©tinoblastome Â», ajoute-t-il.
Quant au Dr Blum, il s’agace de « cris d’indignation automatiques dès que l’on parle du privĂ© Â». « Si on me dit que, demain, nous aurons suffisamment de banques publiques pour couvrir nos besoins, je dis banco. Mais tout le monde sait que, pour une raison de coĂ»t, cela ne sera pas le cas. Alors pourquoi se priver du renfort de banques commerciales solidaires, bien encadrĂ©es ? Â», s’interroge-t-il. « En 2010, le nombre de banques et de maternitĂ©s opĂ©rationnelles aura triplĂ© par rapport Ă  2008. Le budget dĂ©diĂ© au sang de cordon a presque quadruplĂ© cette annĂ©e (4 millions du Plan cancer II, et 2,5 millions pour l’Agence de la biomĂ©decine). Dire que les banques commerciales viennent au secours de la santĂ© publique est un argument qui ne trompe que les esprits mal informĂ©s. Â» rĂ©pond GrĂ©gory Katz, titulaire de la Chaire Innovation thĂ©rapeutique Ă  l’Essec et directeur de la Fondation gĂ©nĂ©rale de santĂ©.
Premier groupe de santĂ© privĂ© de soins en France, la GĂ©nĂ©rale de santĂ© s’est engagĂ©e, via sa Fondation, Ă  promouvoir la collecte de sang de cordon selon les principes du don anonyme et gratuit : en lien avec l’Établissement français du sang (EFS), cinq de ses maternitĂ©s participent dĂ©jĂ  Ă  cette collecte pour alimenter des banques publiques. Et trois autres sont sur le point de dĂ©marrer cette activitĂ©. En visite, en dĂ©cembre, dans une de ces maternitĂ©s, la ministre Roselyne Bachelot a saluĂ© ce partenariat public/privĂ© exemplaire tout en affirmant son opposition Ă  la crĂ©ation de banques commerciales.\\

Janvier 2010
DOSSIER RÉALISÉ PAR ANTOINE DALAT

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L'édito

Pr PATRICE LOPES

Faire un bilan annuel d’actualité n’est pas une tâche simple car les innovations mettent parfois de nombreuses années avant d’être accessibles au clinicien.

Il me vient particulièrement à l’esprit les progrès lié...

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