La nĂ©cessitĂ© pour notre spĂ©cialitĂ© dâun rĂ©fĂ©rentiel mĂ©tier nâest pas nouvelle. En 2007 dĂ©jĂ , il sâagissait dâune demande du Conseil National de lâOrdre des MĂ©decins qui nâavait alors pas abouti. Enâ2010, la Commission...
Alors que les gestes de rhumatologie interventionnelle sont de plus en plus encadrés, la profession tente de trouver le juste équilibre entre excÚs de précaution et banalisation des risques.
Comment assurer au mieux la gestion des risques en rhumatologie interventionnelle ? Et dans ce domaine, en fait-on trop ou pas assez dans lâapplication du principe de prĂ©caution ? Ces deux questions suscitent aujourdâhui une large rĂ©flexion parmi les rhumatologues et les radiologues qui rĂ©alisent des gestes de rhumatologie interventionnelle. « Nous discutons effectivement de ces sujets importants », indique le Pr Yves Maugars, chef du service de rhumatologie du CHU de Nantes et prĂ©sident de la section Imagerie et Rhumatologie Interventionnelle (SIRIS) au sein de la SociĂ©tĂ© Française de Rhumatologie. « Au sein de la section, des sensibilitĂ©s diffĂ©rentes peuvent sâexprimer mais il est essentiel de dialoguer sur ce thĂšme », ajoute-t-il.
MĂȘme si la rhumatologie reste une spĂ©cialitĂ© moins exposĂ©e que dâautres sur le plan mĂ©dicolĂ©gal, la profession est bien consciente que ce dĂ©bat sur la gestion des risques ne peut ĂȘtre esquivĂ©. « Il y a aujourdâhui une rĂ©elle pression sociĂ©tale dans ce domaine. Le principe de prĂ©caution est dĂ©sormais inscrit dans notre constitution sans quâon en mesure peut-ĂȘtre toutes les implications. Aujourdâhui, que ce soit en mĂ©decine ou dans dâautres domaines, on demande aux professionnels de justifier le moindre de leurs actes », souligne le Pr Maugars. « Dans ce contexte, je pense que câest Ă nous de prendre les choses en main et de ne pas nous laisser imposer un excĂšs de prĂ©caution par des gens qui restent assis derriĂšre leur bureau sans connaĂźtre la rĂ©alitĂ© de notre exercice », ajoute le Pr Maugars.
Aujourdâhui, tout le monde reconnaĂźt que ce problĂšme de la gestion du risque ne se pose avec la mĂȘme acuitĂ© pour des gestes de rhumatologie interventionnelle, simples et rĂ©alisĂ©s dans des cabinets de ville, que pour des gestes plus lourds, comme les vertĂ©broplasties ou les biopsies, effectuĂ©s le plus souvent en milieu hospitalier. « La rĂ©alisation de ces gestes lourds est surtout conditionnĂ©e par le plateau technique et bien sĂ»r la compĂ©tence de ceux qui les mettent en Ćuvre. Beaucoup de ces gestes sont effectuĂ©s Ă lâhĂŽpital ou en clinique mais il existe aussi des cabinets privĂ©s qui disposent dâun plateau technique leur permettant de faire de la rhumatologie interventionnelle lourde avec de lâĂ©cho ou de la radio », indique le Dr Jean-GĂ©rard Bloch, rhumatologue libĂ©ral, attachĂ© au CHU de Strasbourg, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la SIRIS, qui a créé il y a quatre ans, avec le Pr Jean Sibilia, un DU de rhumatologie interventionnelle.
Le risque septique au coeur des préoccupations
Bien souvent ces gestes radioguidĂ©s sont rĂ©alisĂ©s par des radiologues. Câest le cas par exemple Ă lâhĂŽpital LariboisiĂšre Ă Paris, qui a une grosse activitĂ© dans le domaine ostĂ©o-articulaire. « Ce problĂšme de la gestion des risques, notamment le risque septique, doit ĂȘtre une vĂ©ritable obsession », reconnaĂźt le Pr ValĂ©rie Bousson, radiologue spĂ©cialisĂ© en ostĂ©o-articulaire Ă LariboisiĂšre. « En effet, câest dans le domaine ostĂ©o-articulaire que les procĂ©dures interventionnelles doivent ĂȘtre le plus propres, poursuit-elle. Quand vous allez dans un vaisseau ou quand vous faites de lâinterventionnel dans le tube digestif ou les voies biliaires, le risque septique nâest pas aussi important que sur lâos ».
Le Pr Bousson prĂ©cise quâĂ LariboisiĂšre, comme dans dâautres Ă©tablissements, un trĂšs grand nombre de prĂ©cautions sont mises en place pour rĂ©duire au maximum ce risque septique. « Nous nâutilisons que du matĂ©riel Ă usage unique Ă lâexception des plateaux qui sont stĂ©rilisĂ©s. Avant une ponction, le patient prend toujours une douche bĂ©tadinĂ©e. Ensuite, la mani unique ou stĂ©rilisĂ© ainsi quâune charlotte, une bavette et bien sĂ»r des gants stĂ©riles. Avant de mettre les gants, ils procĂšdent Ă une dĂ©sinfection chirurgicale des mains (lavage simple puis friction avec une solution hydro-alcoolique ou brosse bĂ©tadinĂ©e) », dĂ©taille le Pr Bousson, en prĂ©cisant que dans le service, les postes dâinfiltration en ostĂ©o-articulaire sont des postes dĂ©diĂ©s. « Entre chaque patient, il y a une dĂ©sinfection spĂ©ciale (Surfanios). Par ailleurs, pour les gestes interventionnels un peu consĂ©quents, comme une vertĂ©broplastie, on fait une antibioprophylaxie systĂ©matique selon les protocoles utilisĂ©s en chirurgie orthopĂ©dique »
Toutes ces mesures apparaissent lĂ©gitimes pour le Dr Alain Zagala, rhumatologue libĂ©ral et attachĂ© au CHU de Grenoble, coresponsable scientifique dâun nouveau DU de rhumatologie interventionnelle qui se met en place cette annĂ©e. « Pour les interventions de rhumatologie interventionnelle lourdes, faites Ă lâhĂŽpital, il est normal de respecter des rĂšgles dâasepsie drastiques », indique le Dr Zagala. Mais selon lui, il convient de sâinterroger sur la gestion des risques pour des gestes plus simples, rĂ©alisĂ©s de façon quotidienne en cabinet de ville. « Il faut bien sĂ»r un certain nombre de prĂ©cautions Ă©lĂ©mentaires mais sans tomber dans lâexcĂšs. On peut effectivement penser que câest Ă nous dâanticiper pour ne pas quâon se fasse imposer des rĂšgles venues de lâextĂ©rieur. Mais il faut aussi veiller Ă ne pas adopter des positions trop dĂ©fensives pour se « couvrir » au maximum en se mettant de barriĂšres qui ne seraient pas nĂ©cessaires et en allant au-delĂ de la lĂ©gislation et de la jurisprudence actuelle », indique le Dr Zagala. Celui-ci Ă©voque par exemple le problĂšme du dĂ©lai de rĂ©flexion Ă laisser au patient avant une intervention. « Aujourdâhui, certains rhumatologues suggĂšrent quâil faudrait un dĂ©lai de rĂ©flexion pour tous les gestes, y compris des infiltrations faites en cabinet. Cela me paraĂźt excessif. Quand une indication est claire et Ă©vidente pour une intervention sans vĂ©ritable facteur de risque, par exemple une infiltration sous acromiale de lâĂ©paule, et quâon a fait le travail dâexplication nĂ©cessaire au patient, cela ne me semble pas utile de lui demander de revenir quelques jours plus tard. Surtout quâen gĂ©nĂ©ral, le patient vient dĂ©jĂ sur la recommandation de son mĂ©decin traitant qui lui a parlĂ© de lâinfiltration », indique le Dr Zagala.
ExcÚs de précautions ?
En faire trop ou pas assez dans lâapplication du principe de prĂ©caution ? « Câest difficile Ă dire », rĂ©pond le Dr Bloch. « Certains dâentre nous estiment quâon est dans un excĂšs de prĂ©caution. Le problĂšme est que, jusque-lĂ , on nâa pas toujours correctement adaptĂ© le niveau de prĂ©cautions aux risques rĂ©els dans les deux sens. Aujourdâhui, lâenjeu est bien dâavoir chez les rhumatologues un niveau de formation et de connaissances permettant dâadapter la gestion du risque Ă la nature du geste interventionnel, au lieu oĂč il est effectuĂ©, au patient et Ă sa pathologie. La majoritĂ© des rhumatologues travaillent bien sĂ»r trĂšs correctement mais il y a toujours la possibilitĂ© que certains gestes soient devenus tellement banals quâon en finisse par oublier certaines prĂ©cautions minimales », explique le Dr Bloch qui, comme le Pr Maugars, prĂ©cise que la gestion des risques figure en bonne place dans les DIU de rhumatologie interventionelle. « Sur les 24 cours de notre DIU, deux sont consacrĂ©s Ă la gestion des risques et lâinformation du patient », prĂ©cise le Pr Maugars.
Ce dernier estime que les rhumatologues ne sont pas tombĂ©s dans cet excĂšs de prĂ©cautions. « Comme dans dâautres domaines de la mĂ©decine, on est toujours dans la balance bĂ©nĂ©fice risque. Et en rhumatologie interventionnelle, cette balance nâa pas toujours Ă©tĂ© estimĂ©e Ă sa juste valeur, principalement Ă cause dâun manque dâĂ©tudes sur le sujet et de donnĂ©es prĂ©cises sur les complications graves », explique le Pr Maugars qui, avoue faire rĂ©guliĂšrement un petit test auprĂšs de ses Ă©tudiants. « Je leur demande quel est, Ă leur avis, le risque septique pour une infiltration articulaire. Beaucoup disent que câest 1 sur 1 000, dâautres 1 sur 10 000. Mais aucun ne cite les vrais chiffres : de lâordre de 1 sur 30 000 Ă 70 000 ».
Lâinformation du patient, un Ă©lĂ©ment fondamental
Tous ces professionnels sâaccordent pour dire quâun Ă©lĂ©ment fondamental dans cette gestion des risques est lâinformation dĂ©livrĂ©e au patient. « Cette information doit dâabord ĂȘtre orale avec normalement une mention dans le dossier stipulant quâon a bien informĂ© le patient. Cette information peut aussi ĂȘtre Ă©crite mais cela ne constitue pas une obligation. Pour des actes de rhumatologie interventionnelle lourde, une note dâinformation Ă©crite me paraĂźt importante. En revanche, je pense que pour des actes faits au cabinet, une bonne information orale peut suffire », estime le Dr Zagala. Selon lui, cette information doit porter sur les risques frĂ©quents ainsi que sur les risques exceptionnels Ă condition quâils soient connus et graves.
« Lâinformation Ă©crite, que le lĂ©gislateur exige de nous dĂ©sormais, est peut-ĂȘtre excessive pour certaines interventions, mais malheureusemnt devenue incontournable. Je pense surtout que cette information Ă©crite doit ĂȘtre fortement contrebalancĂ©e par une information orale bien faite et par une trĂšs bonne relation mĂ©decin patient. Sinon, il y a un risque quâon arrive Ă lâeffet inverse avec des consĂ©quences nocĂ©bo », indique le Dr Bloch qui prĂ©cise « que c'est pour cela entre autre qu'une place est Ă©galement donnĂ©e dans le DU de Strasbourg Ă la communication dans la relation mĂ©decin-patient ».
Quand au Pr Maugars, il prĂ©cise que des fiches dâinformation pour les patients vont ĂȘtre rĂ©digĂ©es sous lâĂ©gide de la SIRIS. « Mais nous veillerons Ă ce quâelles soient suffisamment balancĂ©es pour que les patients ne se focalisent pas en prioritĂ© sur les effets secondaires », assure-t-il.
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